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  • 24 septembre 2019

    Londres, février 1914. Evelyn, adolescente issue d'un milieu bourgeois se rêve étudiante à Oxford. Mais à quoi bon envoyer une fille à l'université ? L'avenir d'Evelyn est tout tracé : un bon mariage avec le jeune Teddy épris d'elle depuis l'enfance, des enfants et une maison à tenir, voilà qui devrait l'occuper sainement et fera d'elle une femme respectable. Pourtant Evelyn ne peut se résoudre à accepter son sort. Dans la rue, les femmes qui manifestent pour le droit de vote attirent son attention et lui font entrevoir un autre destin. Et si les femmes pouvaient décider elles-mêmes de leurs choix de vie ?
    Nell, quant à elle, évolue dans un tout autre milieu. Née dans une famille pauvre et nombreuse des quartiers Est de la ville, la jeune fille travaille à l'usine pour un salaire de misère. Le mariage ? Elle n'y pense pas ! D'ailleurs les garçons de l'attirent pas du tout, pas sentimentalement en tout cas, mais elle leur envie leur liberté. Vêtue comme un homme, elle est de toutes les manifestations de suffragettes et n'hésite jamais à faire le coup de force avec la police.
    Autre milieu, autres mœurs, May est la fille d'une suffragiste activiste qui l'a élevée dans le respect du Seigneur et de toutes ses créations. Quaker donc pacifiste, May milite pour le droit de vote des femmes mais refuse toute forme de violence. Il ne s'agit pas pour elle de briser des vitrines ou d'affronter la police mais d'établir le dialogue avec les décideurs pour que la femme tienne enfin dans la société la place qui lui revient de droit. Orpheline de père, éduquée dans une école de filles, toujours entourée de femmes, May a naturellement tournée vers elles ses sentiments amoureux et son cœur palpite pour Nell dont elle admire le culot, la gouaille et le courage.
    Ces trois adolescentes, qui aspirent à plus de liberté, de justice, d'égalité, espèrent que les hommes de pouvoir sauront se laisser fléchir par la justesse de leurs arguments sans se douter que leur lutte sera bientôt très secondaire. Les hommes préparent un autre combat et, quand la première guerre mondiale éclate, les suffragettes se trouvent face à un dilemme. Faut-il continuer à revendiquer le droit de vote ou faire une pause pour soutenir l'effort de guerre ?

    Derrière chaque femme qui glisse un bulletin de vote dans l'urne, il y a une suffragette qui a lutté pour obtenir ce droit. C'est ce que ce roman destiné à la jeunesse veut mettre en évidence en racontant le parcours militant de trois adolescentes anglaises issues de milieux différents mais avec la même volonté de changer le monde.
    Si le propos est louable, le récit de Sally Nicholls souffre de quelques maladresses. À trop vouloir en dire, elle s'enlise dans un texte lourd et répétitif. Très vite on est noyé sous les informations et cela nuit à l'empathie qu'on voudrait éprouver pour les trois héroïnes. De plus, les suffragettes constituent un sujet suffisamment fort pour ne pas y ajouter l'homosexualité féminine. Dans ce rôle, la jeune May paraît d'ailleurs très peu crédible, trop renseignée pour une adolescente de 1914 et trop soutenue par une mère compréhensive qui, quaker et très pieuse, ne devrait pas réagir à l'homosexualité de sa fille avec tant de bienveillance...
    Afflux de renseignements, personnages caricaturaux et dispersion font de ce livre une petite déception. Mais il a le mérite de porter un message féministe de liberté et d'acceptation de la différence. À faire lire aux adolescents pour qu'ils découvrent d'où vient ce droit de vote que l'on considère comme allant de soi.