Sélection du Prix Coiffard 2019

Sélection du Prix Coiffard 2019

Voici la sélection complète pour le prix du roman Coiffard 2019. Dix livres à lire ou à relire. Le vote s'est déroulé du 18 mai au 18 juin au Tome 1 de la librairie et en ligne. LE GAGNANT est "À la ligne" de Joseph Ponthus aux éditions de la Table Ronde. La deuxième place a été remportée par Philippe Beyvin et son roman "Les photos d'un père" aux éditions Grasset. Le troisième lauréat est Jean-François Haas et son roman aux éditions du Seuil, "Tu écriras mon nom sur les eaux".

À la ligne, Feuillets d'usine

Feuillets d'usine

La Table Ronde

18,00

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.


Les photos d'un père
18,00

A 14 ans, en 1984, le narrateur, Thomas Bentley, apprend de sa mère que son père selon l'état-civil n'est pas son père naturel. Quant à l'identité de celui-ci, elle prétend ne pas s'en souvenir: étreinte fugitive prétend-elle, erreur ou plaisir de jeunesse... Du coup, bien sûr, le garçon secoué par cette révélation va se lancer d'abord dans des rêveries et des questionnements longtemps stériles. Puis, à compter de l'apparition de quelques photos et indices, et surtout d'un aveu de sa mère à l'occasion d'une exposition de photos d'un certain Grégoire Tollian, il va se lancer dans une véritable enquête qui le conduira jusqu'en Asie. Son père Grégoire (Krikor) Tollian, Français d'origine arménienne, fils d'un résistant victime des nazis, photographe de guerre durant la guerre du Vitenam, a disparu en 1970 au Cambodge.
 
De relais en relais, d'une vieille dame qui reconnaît en lui les traits de son fils disparu à un ancien reporter au Vietnam, en passant par le directeur de l'agence pour laquelle il travaillait, le narrateur remonte dans le temps et découvre la personnalité complexe de ce père, témoin fasciné des convulsions de la seconde moitié du vingtième siècle. En fait, la plupart des pièces du puzzle se trouvaient en France. Cependant la dernière, énigmatique, lui est livrée en Chine, en 1996, par un Vietnamien, Phuc Doan, qui lui laisse entendre que Grégoire Tollian a peut-être choisi une autre vie - alors même qu'il savait la mère de Thomas enceinte. Celui-ci accepte cette hypothèse, et se tourne vers la jeune femme, enceinte de lui, qui attend son retour en France.


Tu écriras mon nom sur les eaux

Haas, Jean-François

Le Seuil

22,00

« Tu as voulu me tuer… Tu es comme ton père… Va-t'en de chez nous, maintenant ; je ne veux plus jamais te voir ici. » Tobie Ruau, né en 1895, est chassé à dix-sept ans par son parâtre de l'Essert-d'en-Haut, en Suisse. Il se met en quête de son père biologique et traverse l'océan pour le rejoindre aux États-Unis et tenter d'y vivre le rêve américain. Son chemin lui fait rencontrer un autre immigré, Isaac Milstein, toujours habité par sa femme et son fils disparus lors de la fusillade de l'escalier d'Odessa en 1905. Tobie parcourt la quasi-totalité d'un siècle violent et déchiré, où les hommes n'ont jamais autant cherché à devenir plus humains mais ont abdiqué leur humanité. C'est un être assumant tout ce qu'il a été qui se confie, dans les dernières années de sa vie, à son arrière-petit-neveu Jonas, offrant à celui-ci, par ses récits et ses confidences, de revivre ses aventures, ses combats, sa soif de justice, ses désillusions et de s'interroger sur lui-même, « car ce que sont les autres, c'est nous ». Dans ce magnifique roman d'aventures et de méditations, rédigé comme un western initiatique, Jean-François Haas donne toute la mesure de ses grandes qualités de narrateur, habile à manier plusieurs destins, et d'humaniste hanté par la question du mal et du salut. Jean-François Haas est suisse. La plupart de ses précédents livres (cinq romans et un recueil de nouvelles, tous publiés au Seuil) ont été couronnés de prix ; certains ont été traduits en allemand et en roumain.


Simple
17,50

On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché au coeur des montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine parle à sa chaise, lui raconte son histoire, celles des autres, et son lien ambigu avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 80.
Qui est coupable ?
On plonge à pic dans la poésie, le monde et la langue singulière d’un homme simple, jusqu’à la cruelle vérité.


Roissy

Sabine Wespieser Éditeur

21,00

Sans cesse en mouvement, tirant derrière elle sa valise, la narratrice de ce roman va d’un terminal à l’autre, engage des conversations, s’invente des vies, éternelle voyageuse qui pourtant ne montera jamais dans un de ces avions dont le spectacle l’apaise.
Arrivée à Roissy sans mémoire ni passé, elle y est devenue une « indécelable » – une sans domicile fixe déguisée en passagère –, qui a trouvé refuge dans ce non lieu les englobant tous. S’attachant aux êtres croisés dans cet univers fascinant, où personnels navigants ou au sol côtoient clandestins et laissés-pour-compte, instituant habitudes et rituels comme autant de remparts aux bribes de souvenirs qui l’assaillent et l’épouvantent, la femme sans nom fait corps avec l’immense aérogare.
Mais la bulle de sécurité finit par voler en éclats. Et quand un homme, qui tous les jours vient attendre le vol Rio-Paris – le même qui, des années auparavant, s’est abîmé en mer – tente de l’aborder, elle fuit, effrayée. Comprenant, à sa douceur et à son regard blessé, qu’il ne lui fera aucun mal, elle se laissera pourtant aller à la complicité qui se nouera entre eux.
Magnifique portrait de femme rendue à elle-même à la faveur des émotions qui la traversent, Roissy est un livre polyphonique et puissant, qui interroge l’infinie capacité de l’être humain à renaître à soi et au monde.