Au lieu de soi, L'approche de saint Augustin
Éditeur
Presses Universitaires de France
Date de publication
Collection
Epimethée
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

Au lieu de soi

L'approche de saint Augustin

Presses Universitaires de France

Epimethée

Offres

  • AideEAN13 : 9782130635406
    • Fichier EPUB, libre d'utilisation
    • Fichier Mobipocket, libre d'utilisation
    • Lecture en ligne, lecture en ligne
    27.99

Autre version disponible

Saint Augustin ne parle pas la langue « grecque », ni celle des philosophes,
ni même celle des Pères de l’Église. Il ignore la moderne distinction entre
théologie et philosophie, n’entendant en cette dernière que l’amour de la
sagesse, donc de Dieu et du Christ. Il n’appartient pas à la métaphysique, du
moins prise en son sens littéral et historique, le seul digne de discussion.
Et c’est pourquoi sa pensée reste toujours controversée et paraît incertaine,
d’autant plus que progresse l’érudition et les interprétations — parce qu’on
lui a imposé, consciemment ou non, des lectures métaphysiques qui lui
faisaient violence, ou parce qu’au contraire son étrangeté résistait à la
métaphysique. Il se pourrait donc qu’aujourd’hui il nous précède, nous qui
sortons à peine de la métaphysique, lui qui n’y est sans doute jamais entré.
Il faut donc le lire à partir de ses propres critères et intentions : en
l’occurrence à partir de ce qu’il nomme la _confessio_ — parler une parole non
pas produite, mais _reçue_ et, une fois écoutée, _rendue_ , afin de ne pas
tant parler _de_ Dieu, que parler _à_ Dieu, soit dans l’aveu des fautes, soit
surtout dans la louange (chap. I). À partir de cet écart originaire à
l’intérieur de la parole, il devient possible, inévitable plutôt, d’envisager
l’accès à soi et son aporie. Car, ici, la certitude d’exister conduit (au
contraire du _cogito_ cartésien) à l’inconnaissance de _soi_. J’habite
précisément hors du soi : dans la mémoire (l’immémorial, plus encore que
l’inconscient) (chap. II). Ainsi j’habite dans le découvrement non pas
théorétique mais érotique de la vérité, qu’il faut aimer pour la connaître
(chap. III). Ainsi j’éprouve, au moment d’aimer (ou de haïr) la vérité,
l’indisponibilité de ma propre volonté à elle-même et mon exposition
incessante à la tentation (chap. IV).
L’altérité du soi à soi ne pourra jamais se dépasser, mais elle peut se
penser. Il faut pour cela identifier l’écart qui fait de _je_ son autre le
plus proche, mais aussi le plus définitif. Cet écart se déploie dans
l’événement du temps lui-même, où ce que je suis se déploie précisément et
inéluctablement dans la distance, la distraction et l’écart ; toute la
difficulté consiste alors à user de cette distance comme d’un élan hors de
soi, non comme une dispersion en soi (chap. V). L’écart ambivalent de sa
temporalité assigne en fait le soi à sa finitude, ou plus exactement à son
statut de créature (chap. VI) : en tant que tel, l’homme n’a pas d’autre
essence ni définition que sa référence _à_ Dieu, que son statut d’ _image
renvoyée à_ la ressemblance de Dieu. Ce qui prend la place du soi, à savoir ce
renvoi même _à l’image_ et ressemblance, ne l’abolit donc pas, mais le
reconduit à son lieu unique — à plus que soi, autre que soi, mais plus soi que
soi, _interior intimo meo_. À moins que cet excès sur soi, le soi de l’homme
ne trouve pas de lieu où se poser.
_— Jean-Luc Marion —_
S'identifier pour envoyer des commentaires.