Introduction à l'analyse du roman
EAN13
9782200347659
ISBN
978-2-200-34765-9
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
U
Nombre de pages
200
Dimensions
2 x 1 x 0 cm
Poids
236 g
Langue
français
Code dewey
809.3
Fiches UNIMARC
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Introduction à l'analyse du roman

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Dirigé par

Armand Colin

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Indisponible
Éléments d'histoire du roman?>Introduction?>Il faut se méfier des histoires de la littérature et du roman. Plusieurs dangers les guettent. Trop brèves, elles se transforment en accumulation de noms, de titres, de dates et deviennent inutilisables. Plus développées, elles sont confrontées à des problèmes difficiles à résoudre. Tout d'abord celui de la présentation chronologique : elle tend à disposer en un continuum linéaire des évolutions complexes qui mêlent inextricablement permanence et nouveautés, enchevêtrements et ruptures. Elle sélectionne un nombre restreint d'œuvres dans le foisonnement de chaque époque. Elle se fonde aussi trop souvent sur un découpage par siècles, arbitraire et extérieur à l'histoire du roman.Le deuxième écueil est celui de l'illusion rétrospective. On construit une évolution par rapport à l'état actuel du roman. Or les valeurs du passé étaient différentes ; les œuvres aujourd'hui légitimées ne l'étaient que rarement en leur temps et pas pour les mêmes raisons ; le sens des textes et des pratiques de lecture et d'écriture n'était pas identique. Il faut donc se défaire de l'idée selon laquelle l'histoire romanesque serait une marche vers le progrès que matérialiseraient les œuvres contemporaines.Un autre danger réside dans la confusion entre causes et relations. Il est certes possible de relever des rapports, des concomitances entre tel changement social et tel changement romanesque, mais il ne s'agit que d'une corrélation. Affirmer que l'un est la cause – unique – de l'autre est toujours contestable et rarement précis. C'est le cas par exemple pour les guerres, constamment invoquées comme facteurs de transformation mais à des époques si différentes et pour des résultats si dissemblables que leur mode d'influence et leurs effets précis se doivent d'être considérablement affinés.Un autre risque consiste à unifier, arbitrairement et de façon simpliste, ce qui se présente sur le mode de la diversité et de l'hétérogénéité. Guy de Maupassant écrivait déjà, en 1887, dans la préface à Pierre et Jean :« Or, le critique qui, après Manon Lescaut, Paul et Virginie, Don Quichotte, Les Liaisons dangereuses, Werther, Les Affinités électives, Clarisse Harlowe, Emile, Candide, Cinq-Mars, René, Les Trois Mousquetaires, Mauprat, Le Père Goriot, La Cousine Bette, Colomba, Le Rouge et le Noir, Mademoiselle de Maupin, Notre-Dame de Paris, Salambô, Madame Bovary, Adolphe, M. de Camors, L'Assommoir, Sapho, etc., ose encore écrire : “Ceci est un roman et cela n'en est pas un”, me paraît doué d'une perspicacité qui ressemble fort à de l'incompétence. »Nous ne pensons pas, surtout en aussi peu de pages, être à l'abri de ces critiques. Il convient donc que le lecteur relativise constamment ce qui va suivre. Notre seule ambition est de présenter quelques éléments, parmi d'autres, qui nous paraissent de quelque utilité pour avoir une idée de l'importance des mutations de l'univers romanesque et des facteurs qui ont pu, directement ou indirectement, y contribuer.I. Roman et littérature?>1. Roman et écritCertains traits actuels des romans semblent à ce point évidents que l'on oublie parfois de les signaler : il s'agit d'œuvres écrites, en prose et en français (pour ce qui nous concerne). Pourtant ces caractéristiques n'ont émergé que progressivement. Il a fallu passer dans certains cas de l'oral, des chansons, à l'écrit. Il a fallu complémentairement passer de la versification à la prose (les chansons de geste sont des poèmes épiques en décasyllabes) ou écrire directement en prose. Il a encore fallu passer de la langue savante, la langue latine, aux langues vulgaires. Ainsi, au début du XIIe siècle, roman signifie « langue vulgaire » et le verbe romancer a le sens de « traduire du latin en français » au XIIIe siècle et d'« écrire en français » au XIVe.Le développement du roman se comprend donc sur la base du développement de l'écrit (le papier ne se généralise d'ailleurs qu'au XIIIe siècle), de la diversification de ses fonctions et de la multiplication du lectorat (au-delà du cercle des clercs et des cours) du moyen-âge à nos jours. Il est aussi tributaire de l'unification linguistique, qui ne sera véritablement réalisée qu'au XXe siècle grâce aux mutations politiques (centralisation et rôle de l'État), économiques, commerciales, et au poids de l'école.
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