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Histoire de la Sicile, des origines à nos jours
EAN13
9782213631547
ISBN
978-2-213-63154-7
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
Littérature Française
Nombre de pages
482
Dimensions
24 x 16 x 0 cm
Poids
810 g
Langue
français
Code dewey
945.8
Fiches UNIMARC
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Histoire de la Sicile

des origines à nos jours

De

Fayard

Littérature Française

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Chapitre premier

De la Trinacrie à la Sicile

(XIVe-VIIIe siècle av. J.-C.)

La Sicile a été habitée dès l'Antiquité. Voici une énumération complète des peuples venus s'y établir. Les premiers qui en occupèrent une partie furent, dit-on, les Cyclopes et les Laistrygons. Je ne puis pour ma part donner aucune précision ni sur leur race, ni sur leur pays d'origine, ni sur celui où ils se sont ensuite retirés. Il faut à leur sujet se contenter de ce que racontent les poètes et des diverses opinions que chacun peut avoir. Il semble bien que ce furent les Sicanes qui, les premiers après eux, vinrent s'installer dans le pays. Ils prétendent même les avoir précédés puisqu'ils se disent autochtones. Mais il suffit de s'informer pour savoir que ces Sicanes sont en réalité des Ibères, que les Ligures avaient chassés de la vallée du Sicanos en Ibérie. C'est de ce peuple que l'île, précédemment connue sous le nom de Trinacria, tira à ce moment-là son nom de Sicania. Les Sicanes sont encore aujourd'hui établis dans la partie occidentale de l'île. Lors de la prise de Troie, un certain nombre de Troyens, qui avaient pu échapper aux Achéens, s'embarquèrent et arrivèrent dans l'île. Ils s'installèrent dans le voisinage des Sicanes. Les deux peuples prirent ensemble le nom d'Élymes, mais formèrent deux cités distinctes : Éryx et Ségeste. À eux vinrent encore se joindre quelques Phocidiens qui, après avoir quitté Troie, avaient été jetés par la tempête sur les côtes de Libye et, de là, en Sicile. Quant aux Sicules, ils arrivèrent d'Italie où ils habitaient jusque-là. Fuyant les Opiques, ils passèrent en Sicile, vraisemblablement et comme le veut la tradition, à l'aide de radeaux et après avoir attendu pour franchir le détroit que le vent se fût levé. Mais il se peut aussi qu'ils aient fait la traversée d'une autre façon. Arrivés dans l'île, les Sicules, qui formaient une puissante armée, engagèrent la lutte avec les Sicanes, les défirent et les rejetèrent dans les parties méridionales et occidentales du pays dont ils changèrent le nom de Sicania en Sikelia (Sicile). Ils s'établirent dans la partie la plus fertile du pays et habitèrent là pendant tout le temps qui s'écoula entre leur arrivée dans l'île et l'arrivée des Grecs, c'est-à-dire près de trois siècles. Aujourd'hui encore, les régions situées au centre et au nord de la Sicile sont occupées par eux. Des Phéniciens vinrent également s'établir sur les côtes de Sicile. Ils prirent possession d'un certain nombre de promontoires et d'îlots situés dans le voisinage, afin de commercer avec les Sicules. Mais lorsque les Grecs commencèrent à débarquer dans l'île en grand nombre, ils évacuèrent la plupart de leurs établissements et se regroupèrent à Motyè, Solonte et Panormos [Palerme]à proximité des Élymes, sur l'alliance desquels ils pouvaient compter. C'est de là, d'autre part, que la traversée de Carthage en Sicile est la plus courte. Telles furent les populations barbares qui vinrent s'établir en Sicile.

Cet extrait du livre VI de l'Histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide (460-395) est la plus ancienne présentation de l'histoire de la Sicile, des origines jusqu'à la colonisation grecque. À ce titre, il mérite de figurer au début de notre Histoire de la Sicile. Mais pourquoi tenir dans une telle estime ce document écrit au Ve siècle avant notre ère ?

Reconnaissons d'abord le sérieux de son auteur. Si Hérodote (vers 485-425) « fait son enquête (historié) et recueille des récits, et des traditions, comme un ethnographe, Thucydide cherche à reconstituer les faits, leur enchaînement, leur logique, comme l'historien d'aujourd'hui ». À ce titre, l'Histoire de la guerre du Péloponnèse est le premier grand ouvrage d'une histoire scientifique.

Dans cet extrait, l'historien athénien développe son propos suivant deux procédés logiques : la philologie et la chronologie. Il cherche d'une part à mettre en évidence les corrélations entre des toponymes et des noms propres et d'autre part à classer les événements dans une succession temporelle les uns par rapport aux autres – une migration succède à une autre – et à les dater en fonction d'une référence commune qui est tout naturellement pour lui la guerre de Troie.

Soucieux de montrer aux Athéniens l'importance de la Sicile, qu'ils ne connaissent guère alors qu'elle est sur le point de devenir un des principaux enjeux de la guerre du Péloponnèse, la vision de Thucydide est-elle seulement intéressante pour comprendre comment un Grec du Ve siècle avant notre ère percevait la réalité sicilienne ? Ce serait agir en maître du soupçon. Confronté avec d'autres témoignages écrits, avec la linguistique historique et surtout avec l'archéologie, ce document se révèle une source précieuse pour la connaissance de la préhistoire et de la protohistoire siciliennes. Il ne faut évidemment pas faire preuve de naïveté en espérant que les découvertes archéologiques confirmeraient ou infirmeraient en bloc les thèses défendues par Thucydide, mais il faut plutôt chercher à établir solidement des faits, ce que s'efforce de réaliser l'archéologie, tout en osant formuler des hypothèses en faveur desquelles il existe un faisceau d'indices.
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