Études anglaises - N°4/2011, L'héritage du policier : continuités et ruptures dans la fiction contemporaine anglophone
EAN13
9782252038048
ISBN
978-2-252-03804-8
Éditeur
Klincksieck
Date de publication
Collection
Études anglaises
Nombre de pages
128
Dimensions
23 x 15 x 0,8 cm
Poids
190 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Études anglaises - N°4/2011

L'héritage du policier : continuités et ruptures dans la fiction contemporaine anglophone

Klincksieck

Études anglaises

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Jean-Jacques LECERCLE - Après l'âge d'or : le récit policier britannique contemporain entre nostalgie et hybridation
Que se passe-t-il lorsqu'un genre survit à son âge d'or ? En s'appuyant sur des romans contemporains et sur des séries télévisées britanniques (souvent inspirées de romans), on analyse la fiction policière britannique contemporaine sous les deux aspects de la répétition nostalgique et du pastiche, et de l'hybridation avec le roman noir. Où il apparaît que si la fiction policière de l'âge d'or peut s'analyser en termes d'empirisme, la fiction contemporaine relève à la fois d'un hyper-empirisme technologique et d'un retour du platonisme, et que les concepts les plus adéquats pour en rendre compte pourraient bien se trouver chez le Lukács de la Théorie du roman.
What happens when a literary genre is past its golden age? By analysing a number of contemporary novels and television series (often derived from novels) an account of contemporary British crime fiction is given in terms of nostalgic repetition turning into pastiche and hybrids between detective stories and the noir novel. Whence it appears that such fiction is characterised by a mixture of hy-per-empiricism and a resurgence of Platonism, and that the concepts needed to account for it may well be found in the philosophy of the young Lukács.
Jean-Pierre NAUGRETTE - Sherlock (BBC 2010) : un nouveau limier pour le XXIe siècle ?
La récente série Sherlock de la BBC a d'ores et déjà renouvelé l'univers créé par Conan Doyle en 1887. Dans le Londres actuel, deux jeunes gens maniant blogs, ordinateurs et téléphones portables se lancent allègrement dans de nouvelles aventures à la fois ludiques et sérieuses. Mark Gatiss et Steven Moffat, créateurs et scénaristes de la série, ont voulu transposer le décor victorien, et faire de Sherlock Holmes et de son fidèle faire-valoir le Dr Watson nos immédiats contemporains. Jouant habilement sur la reprise d'éléments présents chez Doyle, aisément recon-naissables de ses fidèles lecteurs, c'est souvent pour mieux les détourner, ou les inverser. Dans ces trois épisodes où le détective est toujours aussi éblouissant, le jeu est mis au service de problématiques qui touchent au plus profond : comment être Sherlock dans une société informatisée, comment vivre avec le Dr Watson sans être (ou en étant) homosexuel, comment se construire une identité propre si l'on conçoit les relations avec les autres comme fondamentalement « transférentielles » (Peter Brooks) ?
The BBC's recent Sherlock series has already renewed the narrative world created by Sir Arthur Conan Doyle in 1887. In present-day London, two young men using blogs, laptops and cell phones dash into new playful and serious adventures. Mark Gatiss and Steven Moffat, the two creators and writers of the series, managed to transpose the well-known Victorian setting, and turn Sherlock Holmes and his faithful foil Dr Watson into our immediate contemporaries. While taking up, and toying with well-identified Doylian elements, Gatiss and Moffat often undermine, or divert them for their own purposes. In those three episodes where the detective is as dazzling as in the original, playfulness is a means of raising serious problems which deeply concern us today: how can one be Sherlock in the computer age, how is it possible to live with Dr Watson without being (or while being) a homosexual, how can one reach an identity of one's own if relationships with others are basically "transferential" (Peter Brooks)?
Jean-Michel GANTEAU - « If you like, we play detective » : intrigues en souffrance chez Peter Ackroyd, Martin Amis et Kazuo Ishiguro
Ce qui rapproche des ouvrages aussi disparates que Hawksmoor de Peter Ackroyd, Night Train de Martin Amis et When We Were Orphans de Kazuo Ishiguro est la mise en scène de détectives « en souffrance » : qu'il s'agisse des deux protagonistes ackroydiens, de la narratrice mélancolique de Night Train, ou encore du narrateur répétant les hésitations d'un passé qu'il achoppe à se remémorer chez Ishiguro, les figures de détectives ne cessent de convoquer celle du trauma, de l'événement en souffrance, et d'un passé inassimilable, lequel ne parvient pas à, précisément, passer. Dans ces récits, le trou du trauma réinvestit l'ellipse de l'intrigue traditionnelle et exacerbe la quête en processus tout entier ordonné à une inépuisable répétition. Les figures de détectives signalent que l'enflure infinie de l'intrigue est symptôme du vide. Récits de l'impossibilité de narrer, de la faillite de l'entendement, et de la hantise, les romans policiers font le lit d'un réalisme traumatique qui scelle la vulnérabilité ordinaire du sujet contemporain.
The plots and quests of novels so apparently different as Peter Ackroyd's Hawksmoor, Martin Amis's Night Train and Kazuo Ishiguro's When We Were Orphans seem to be held up or pending, submitted to some endless process of repetition. In such novels the subject him-/herself seems to be held up in some sort of traumatic limbo: this is the case with the two Ackroydian doubles, in a haunted novel that illustrates and fleshes out the powers of belatedness; or with the deeply melancholy narrator and main protagonist of Night Train; or else with the narrator and central character of When We Were Orphans, rehearsing a past that he cannot remember. The detective figures ceaselessly solicit the figures of trauma by concentrating on the inassimilability of the past and the narrative dysfunctioning that this brings about. The three novels highlight the impossibility to narrate, the failure of understanding and the ascendance of haunting, emblematic of trauma narratives.
Vanessa GUIGNERY - “Colonel Mustard, in the billiard room, with the revolver”: Jonathan Coe's What a Carve Up! as a postmodern whodunit
This paper proposes to confront the tenets of detective fiction and postmodernism in Jonathan Coe's What a Carve Up! (1994), principally by focusing on one of the main assumptions related to both domains, which is that they mainly entail play-fulness, either through the solving of an enigma or through parody and pastiche, and may therefore be impervious to politics and affects. The analysis of What a Carve Up! will show to what extent the novel uses and abuses the codes and conventions of the whodunit in a playful way, and displays some of the specific features of postmodernism (epistemological and ontological concerns, narrative games, self-reflexivity. . .), so that it may be seen as an example of metafictional detective story. At the same time however, the novel proposes a satire of the social and economic ills of British society during the Thatcher years and unveils collective and epidemic crimes committed during that era. The novel thus moves beyond the enclosed space and individual crimes of classic detective fiction and beyond the supposed playfulness and self-centeredness of postmodernism to encompass a broader political, social, ethical and emotional scope.
Cet article propose de confronter les principes du roman policier à ceux du post-modernisme dans What a Carve Up! (1994) de Jonathan Coe, et de se concentrer plus particulièrement sur l'une des principales idées reçues communes aux deux domaines, à savoir qu'ils reposent essentiellement sur le jeu, soit par la résolution d'une énigme soit par le biais de la parodie ou du pastiche, et sont par conséquent imperméables aux enjeux politiques et aux affects. L'analyse de What a Carve Up! montrera à quel point le roman use et abuse des codes et conventions du roman policier de façon ludique et déploie certaines des caractéristiques du postmodernisme (préoccupations épistémologiques et ontologiques, jeux narratifs, auto-réflexivité), si bien qu'on peut le considérer comme un exemple de roman de détection métafictionnel. Dans le même temps toutefois, le roman propose une satire des maux sociaux et économiques de la société britannique durant les années Thatcher et met au jour des crimes collectifs en série commis durant cette période. Le roman dépasse par conséquent l'espace clos et les crimes individuels du roman de détection classique, mais aussi la dimension prétendument strictement ludique et ...
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