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The Power and the Glory
EAN13
9782200347345
ISBN
978-2-200-34734-5
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
Coédition CNED/SEDES
Nombre de pages
192
Dimensions
24 x 16 x 0 cm
Poids
322 g
Langue
français
Code dewey
823.91
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Introduction?>Comme celui de Claudel, Mauriac, Bernanos ou, plus proche géographiquement, Evelyn Waugh, l'univers de Graham Greene est marqué au sceau du catholicisme. Ses plus grands romans, comme Brighton Rock (1938), ou plus encore les trois livres qui composent une sorte de trilogie catholique, The Power and the Glory (1940), The Heart of the Matter (1948), The End of the Affair (1951), témoignent d'un engagement profond, offrant une méditation sur les concepts de péché et de salut. Mais pour autant, Greene n'est pas à proprement parler un auteur en odeur de sainteté. Donald Greene cite le Dr Paul A. Doyle, universitaire catholique de renom, qui loue Evelyn Waugh mais se défie de Graham Greene : « Certainly G. G. has never been an orthodox R. C. For him rules were meant to be broken or challenged.1» Malgré les apparences, Graham Greene ne serait donc pas un catholique orthodoxe. Il est vrai que le chef-d'œuvre de Waugh, Brideshead Revisited, publié en 1944, préfère s'attacher à l'anglicité, à Oxford et à la demeure ancestrale où une famille un peu déchue va devenir le jouet de la grâce, tandis que The Power and the Glory, en comparaison, semble bien âpre, un roman plus ambitieux et plus ambigu. Ne fut-il pas d'ailleurs condamné par le Vatican (ce qui est fort rare pour un roman) ? Et cependant le pape Paul VI confia à Greene qu'il avait beaucoup aimé le roman. Mauriac lui-même, qui préfaça la traduction du roman et assura son succès, ne nie ni ses affinités ni ses différences :L'œuvre d'un romancier catholique anglais –d'un Anglais revenu au catholicisme – comme est La Puissance et la Gloire (sic) de Graham Greene, me donne toujours d'abord une sensation de dépaysement. Certes, j'y retrouve ma patrie spirituelle, et c'est bien au cœur d'un mystère familier que Graham Greene m'introduit. Mais tout se passe comme si je péné-trais dans le vieux domaine par une porte dérobée, inconnue de moi, cachée dans le mur plein de lierre [...]2Tout lecteur, en pénétrant dans l'univers de Greene, emprunte donc une porte dérobée, ne serait-ce que parce qu'aujourd'hui, le dogme catholique s'est assoupli. Le concile de Vatican II au début des années soixante, sous les pontificats de Jean XXIII et de Paul VI, a affirmé une volonté d'ouverture au monde moderne, et opéré nombre de réformes historiques : la manière de célébrer la messe a été révolutionnée, puisque les langues de chaque pays, et non plus seulement le latin, sont admises comme langues liturgiques. La doctrine des sacrements, qui a une dimension obsédante dans le roman, qu'il s'agisse du baptême, de la communion ou de l'extrême-onction, s'est légèrement assouplie. Il nous faut donc, pour lire le roman, emprunter la porte et retrouver l' univers d'avant Vatican II, mais ce voyage est ouvert à tout lecteur, qu'il soit athée, musulman, protestant, ou catholique d'aujourd'hui.Car si le roman, qui a un prêtre pour protagoniste, exige de maîtriser un minimum les allusions bibliques évidentes, il va aussi bien au-delà du cadre du Mexique du début des années trente, non seulement parce qu'il est question avant tout d'apprécier un texte, avec ses effets d'écriture, ses protocoles de lecture, mais aussi parce qu'il s'agit d'explorer une dimension éthique universelle. Le conflit moral né de la prise d'otages, l'idéalisme dévoyé ou au contraire le devoir qui s'impose bon gré mal gré sont des données politiques et métaphysiques qui transcendent l'idéologie. L'histoire pourrait se jouer bien autrement ailleurs. Au-delà du cadre historique, qu'il faut bien sûr prendre en compte, c'est le parcours d'écriture et la quête éthique qui importent. Car le Mexique de Greene n'est que le lieu d'une fable éthique sur la médiocrité de l'homme placé dans des circonstances exceptionnelles pour lesquelles il n'était pas fait.Pour comprendre l'univers de Greene (1904-1991), il convient d'abord d'esquisser un bref rappel biographique. Chez Greene, la faille remonte toujours à l'enfance, comme le suggère l'une des phrases marquantes de The Power and the Glory :« There is always one moment in childhood when the door opens and lets the future in »3. Pour Graham Greene, cette ligne de démarcation entre l'enfance et la destinée d'adulte est matérialisée à l'adolescence par une porte bien réelle, porte matelassée qui ne pouvait par homonymie qu'être verte, puisque cette « green baize door » est l' indice d' une schize, d' un déchirement intérieur qui vont hanter Greene sa vie durant. Graham Greene était le fils d'un directeur de « public school (c'est-à-dire bien sûr une de ces écoles privées, où l'on formait les jeunes garçons pour en faire les piliers de l'Empire) à Berkhamstead. Son père, voué tout entier à sa tâche de directeur, pétri d'idéologie victorienne, traquait le moindre signe d'impureté, de sexualité. Le ressentiment éprouvé par certains élèves se projeta sur son fils. Pour le jeune Graham, la vie était double. Le week-end, il revenait dans la maison familiale ; mais la semaine, en franchissant simplement la porte verte matelassée, il se retrouvait plongé au cœur de l' univers de la « public school » qui a marqué par sa violence et ses règles occultes nombre d'écrivains du tournant du siècle. Les plus forts y martyrisaient les plus faibles, pour en faire des hommes. Il était d'usage, tacitement accepté, de s'y adonner au « bullying ». Dans le cas de Graham Greene, la situation se compliquait du fait de sa double allégeance, à son père et sa famille d'une part, à ses camarades d'autre part. Deux de ses condisciples savaient manier la pointe de compas et faire monter la peur. Toute sa vie, Greene gardera des affinités avec les agents doubles, et le sentiment d'être toujours en fuite. Il lui semble avoir connu, littéralement, l'école de l'enfer. À l'âge de 14 ans, il trouve dans The Viper of Milan de Marjorie Bowen une vision du monde qui ne le quittera plus : c'est le mal, et non le bien, qui régit le monde. Il réagit en faisant l'école buissonnière, préférant se cacher pour lire. Parmi ses auteurs préférés, on trouve Rider Haggard, mais aussi Conrad, James, Stevenson. À seize ans, une fugue plus sérieuse lui vaut enfin d'être libéré sur parole : il est placé chez un psychanalyste jungien, le docteur Richmond, à Londres. Il n'est pas sûr que la psychanalyse ait parfaitement réussi, mais elle éveille l'intérêt de Graham Greene pour les rêves, le soustrait à son milieu pour lui faire fréquenter des auteurs comme le poète Walter de la Mare, il s'éprend à demi de la femme de son analyste. C'est l'une des périodes les plus heureuses de sa vie.
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