Le Maître de Rampling Gate - Nouvelle
EAN13
9782012036420
ISBN
978-2-01-203642-0
Éditeur
Black Moon
Date de publication
Collection
HACHETTE ROMANS
Dimensions
21 x 13 cm
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Le Maître de Rampling Gate - Nouvelle

Black Moon

Hachette Romans

À paraître
Rampling Gate. À force de contempler les vieilles images de ce château féerique entouré d'arbres menaçants, il nous était devenu familier. Une forêt de pignons et de cheminées qui s'étendait entre deux immenses tourelles, des murs gris tapissés de lierre, des fenêtres à meneaux qui reflétaient les nuages dérivant dans le ciel.Plusieurs questions nous taraudaient. Pourquoi Père n'y avait-il jamais mis les pieds ? Pourquoi ne nous y avait-il jamais emmenés ? Et pourquoi, sur son lit de mort, au terme des mois sinistres qui avaient suivi la disparition de Mère, avait-il dit à mon frère, Richard, que Rampling Gate devait être démantelé pierre par pierre ? Ce manoir avait toujours appartenu à notre famille et avait résisté au passage de plus de quatre siècles.Notre désarroi face à l'ampleur de la tâche n'avait d'égal que notre incompréhension. Richard venait de terminer sa quatrième année d'études à Oxford. Après deux saisons dans les tourbillons de la vie mondaine londonienne, je jouissais d'un succès modeste. Si je préférais encore griffonner des poèmes ou des récits dans la retraite de ma chambre plutôt que danser jusqu'aux petites heures du jour, je gardais ce secret pour moi seule ; même si nous n'aurions pu être qualifiés d'enfants gâtés, nos parents nous avaient toujours offert le meilleur. Toutefois les années d'insouciance touchaient à leur fin et nous devions désormais faire montre de prudence et de sagesse dans nos décisions.Ce fut le cœur serré que nous observâmes, installés devant un petit feu de charbon dans l'étude de Père, les vieux tableaux de Rampling Gate. « Détruis-le, Richard, dès que je ne serai plus de ce monde. » Voilà l'instruction que Père avait laissée.— Je ne le comprends tout bonnement pas, Julie, confessa mon frère en versant du sherry dans le minuscule verre en cristal que je lui tendais. Nous parlons d'une demeure d'époque, un manoir du xive siècle en parfait état. À ce que j'ai compris, une certaine Mrs Blessington, originaire du village de Rampling, s'en est occupée durant toutes ces années. Elle était là lorsque Oncle Baxter a rendu l'âme. Le dernier des Rampling à avoir vécu sous ce toit...— Te souvient-il du jour où Père décrocha toutes ces toiles pour les ranger ?— Il est gravé à jamais dans ma mémoire... C'était si curieux et si surprenant de sa part.Richard se carra dans son siège avant de tirer sur sa pipe et de reprendre : — Quelque temps auparavant, il avait eu une réaction étrange en voyant ce jeune homme à la gare Victoria.— Oui, c'est vrai, acquiesçai-je, me blottissant entre les bras du fauteuil en velours, les yeux rivés sur les petites flammes qui dansaient dans l'âtre. Je n'oublierai jamais la colère de Père.Il s'agissait pourtant d'un incident des plus banals. On pouvait d'ailleurs à peine parler d'incident. Nous ne devions pas avoir plus de six et huit ans à l'époque, et nous avions accompagné Père, qui prenait congé d'amis chers à son cœur. À travers la vitre d'un train, il avait aperçu un jeune homme, et cette vision l'avait à la fois déconcerté et contrarié. Je me rappelais encore son visage avec une précision remarquable. D'une grande beauté, il avait le nez droit, des sourcils bien dessinés et une masse brillante de cheveux bruns. Ses immenses prunelles noires s'étaient voilées d'une tristesse infinie lorsque Père nous avait précipitamment entraînés à l'écart.— Il y eut une querelle entre Père et Mère, le soir même, ajouta Richard, plongé dans ses souvenirs. Je nous revois les écoutant depuis le palier, terrifiés.— Père disait de cet homme qu'il ne se satisfaisait plus de sa position de maître de Rampling Gate. Qu'il était venu à Londres pour se révéler à tous. Une monstruosité sans nom, selon ses propres termes. Père lui trouvait une audace inégalable.
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