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A Streetcar Named Desire de Tennessee Williams
EAN13
9782200264666
ISBN
978-2-200-26466-6
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
Coédition CNED/SEDES
Dimensions
24 x 16 x 1 cm
Poids
237 g
Langue
français
Code dewey
812.5
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A Streetcar Named Desire de Tennessee Williams

De

Armand Colin

Coédition CNED/SEDES

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Conception de couverture : Jérôme Lo Monaco

© Armand Colin/VUEF-CNED 2003

9782200279929 – 1re publication

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1Les très riches heures du théâtre américainAu commencement était O'Neill

Le premier paradoxe du théâtre américain est qu'il resta longtemps sans texte. Bien sûr les conditions de la création des colonies anglaises aux Amériques ont longtemps projeté une ombre menaçante sur toutes les tentatives artistiques considérées comme une concurrence intolérable avec la seule œuvre qui vaille – le monde dont l'auteur était Dieu. Établissant une théocratie à la rigueur exemplaire, les puritains ont donné raison à Platon, qui chassait le poète de sa République, et de tous les arts ceux du spectacle furent les premiers visés. Cotton Mather (1663-1728), qui appartenait à l'une des plus célèbres dynasties de pasteurs bostoniens, lançait son fameux anathème contre le théâtre dans « A Cloud of Witnesses », où il se répondait à lui-même :

– What are the Sins forbidden in the Seventh Commandment ? – Light Behavior – Unchaste Company – Dancing, Stage-playes and ail other Provocations to Uncleanness in our selves or others.

L'entrée d'un théâtre étant assimilée à l'une des portes de l'enfer, il n'y eut ni public, ni acteurs ni dramaturges pour pas mal d'années.

Les choses changèrent progressivement, et le XIXe siècle vit une prolifération de troupes itinérantes, de théâtres de province, d'équipes techniques de grande qualité, de salles immenses à Broadway, assurant le triomphe du théâtre de représentation au service d'un répertoire étranger. Scribe, Sardou, Alexandre Dumas fils, Shaw, les écrivains des pays nordiques étaient reconnus et fêtés. Quant au théâtre de texte américain, il était indigent, voire inexistant1.

Les critiques s'accordent en général sur les deux dates de naissance du théâtre de texte américain et en créditent unanimement Eugene O'Neill. Fils de James O'Neill, le plus grand acteur de son temps, et en révolte contre le théâtre européen romantique illustré par son père (qui passa une grande partie de sa vie et gâcha beaucoup de son talent à jouer dans tous les États-Unis une pâle adaptation du Comte de Monte-Cristo), Eugene O'Neill, jeune homme tourmenté, rebelle vivant en marge de la société de son temps, entre à 24 ans au sanatorium de Gaylord Farm en Nouvelle-Angleterre, persuadé qu'il va mourir de la tuberculose. Nous sommes la veille de Noël 1912 – première date, car il ne meurt pas, découvre Strindberg et les tragiques grecs et décide de devenir dramaturge. Là-dessus, il se met à écrire des pièces courtes, sans concessions, dans une langue américaine authentique à propos de personnages authentiquement américains. De sorte que, lorsqu'il vient lire une de ses œuvres à George Cram Cook et à ses Provincetown Players, qui cherchent justement cela, il est accueilli avec enthousiasme et sa pièce, Bound East for Cardiff, fait figure de révélation quand elle est créée, le 28 juillet 1916. Seconde date : le théâtre de texte américain est né.L'apport d'O'Neill

À ses contemporains, puis à tous les dramaturges qui lui ont succédé, O'Neill apporta, semble-t-il, essentiellement trois éléments dont l'influence fut irréversible.

Tout d'abord, son œuvre comme sa vie sont toujours restées en marge de la société de son temps et cet isolement, en partie volontaire, en partie imposé par un destin en effet unique, a aidé à créer le type du dramaturge maudit. Tennessee Williams n'a pas pu manquer de penser à ce grand exemple lorsqu'au début des années 60 il s'est lui-même enfoncé dans ce qu'il a appelé son « stoned age » et, sa vie sombrant dans une série incohérente et ininterrompue de crises et de désespoirs, poursuivi par une critique hostile et outrancière, il s'est accroché à son œuvre, qui demeure le meilleur témoignage de ses angoisses et de ses tourments. Mais beaucoup plus tôt, il avait connu, lui aussi, la misère, matérielle et morale, de la jeunesse d'O'Neill : en 1942, il s'était retrouvé à Greenwich Village, faisant toutes sortes de petits boulots et incapable de relever la tête, comme O'Neill avait fait la dure expérience des docks de New York en 1911 puis en 1915 du même Greenwich Village sur lequel il écrivit The Iceman Comethà la fin de sa vie. Il nous faudra revenir sur les rapports entre Iceman et Streetcar.

Ensuite, O'Neill, tout au long d'une œuvre extrêmement variée, n'a cessé de maintenir un certain nombre de lignes directrices dont le procès constamment instruit contre le puritanisme. Cela lui permettait, bien sûr, de dénoncer les hypocrisies de la bonne société (dont la famille de sa mère lui donnait des exemples), la diabolisation du théâtre par les gens sérieux (dont il souffrit comme son père avant lui) et le refus d'affronter honnêtement les problèmes de la sexualité (ce qui conduit Nina Leeds, l'héroïne de Strange Interlude, de la frustration à l'adultère). Mais surtout, O'Neill y voyait l'occasion de combattre le Dieu des puritains, la divinité de colère et de vengeance de l'Ancien Testament, le Père inflexible auquel la famille des Man-non a élevé un temple dans Mourning Becomes Electra, auquel la fille, Lavinia, reste fidèle de façon inflexible mais contre lequel son père, le général Ezra Mannon, se révolte au retour de la guerre :

Mannon : (Death)'s always been the Mannons'way of thinking. They went to the white meeting-house on Sabbaths and meditated on death. Life was a dying. Being born was starting to die. Death was being born. (Shaking his head with a dogged bewilderment) How in hell people ever got such notions2 !

Né dans l'église épiscopalienne, dont son grand-père maternel, Walter Dakin, était pasteur – au demeurant esprit fort ouvert et très proche de son petit-fils – Williams a passé sa vie et son œuvre à repousser le puritanisme, pour les mêmes raisons qu'O'Neill et a abouti à la même conclusion, la remise en question du Dieu dont Sebastian Venable a la révélation dans Suddenly Last Summer et dont Shannon, révérend mis en congé de son église, rejette la toute-puissance dans The Night of the Iguana. C'est ce Dieu qui a puni le Sud comme il punit toutes ses créatures, et c'est à lui que, dans sa faiblesse, Blanche s'oppose.La découverte de l'expressionnisme

Enfin, O'Neill a été un constant innovateur, à l'écoute des nouveautés techniques de son temps que l'évolution très riche de l'art imposait dans tous les domaines, par exemple la présentation scénique et la dramaturgie. O'Neill apparut à un moment où la conception mimétique de l'art, qui triomphait au théâtre dans le naturalisme d'Antoine ou de Stanislavski, visant à reproduire les apparences, à faire de la scène le miroir de la réalité extérieure et à bâtir sur le plateau une pièce dont la salle représente le quatrième mur, était ébranlée par une conception neuve née en Allemagne de l'art pictural et appelée expressionnisme. Au contraire du naturalisme, qui tente de reproduire le monde extérieur selon ses propres termes, et de l'impressionnisme, qui limite le monde extérieur à une impression subjective soumise à l'acuité des sens, l'expressionnisme « commence au-delà du tableau, du drame, du poème » (Herbert Kühn, 1919). Il est une attitude de l'esprit, de l'âme et exprime leur angloisse et leur révolte. Il va donc viser à une coïncidence entre les émotions de l'artiste et celles du public, impliquant une fondamentale distorsion de la réalité, qui devient purement intérieure, comme on peut le voir dans Le Cri, d'Edvard Munch, tableau de 1893, où d'un personnage central comme désarticulé émanent des ondes concentriques qui envahissent la nature et expriment une angoisse à laquelle ne peut que répondre celle du spectateur.

Que le théâtre, depuis Strindberg et Wedekind, ait montré un accord profond avec cette nouvelle forme d'art ne saurait surprendre.

Né de l'angoisse, de l'insécurité, l'expressionnisme est bien la traduction d'une révolte. Faute de trouver l'équilibre auquel il aspire dans l'univers des apparences immédiates, la réalité matérielle et la société qui l'entourent, l'homme se détourne du monde extérieur et tente de le dominer en se réfugiant dans les visions intérieures, la pe...
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