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LA VIE RELIGIEUSE EN FRANCE - XVIE-XVIIIE SIECLE, XVIe-XVIIIe siècle
EAN13
9782718191607
ISBN
978-2-7181-9160-7
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
DD.HISTOIRE
Dimensions
21 x 15 x 1 cm
Poids
279 g
Langue
français
Code dewey
270.7
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La Vie Religieuse En France - Xvie-Xviiie Siecle

XVIe-XVIIIe siècle

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Armand Colin

Dd.Histoire

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© Sedes/HER 1999

http://www editions-sedes. com

9782301001733 – 1re publication

Avec le soutien du

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Collection dirigée par

Joël Cornette

Professeur à l'université Paris-VIII

Avec la collaboration de :

Jean-Pierre Guilhembet (histoire ancienne) Patrick Boucheron (histoire médiévale) Frédéric Moret (histoire contemporaine)Dans la même collection :

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L'Épigraphie latine

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XVIe-XVIIIe siècle

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Les femmes, actrices de l'histoire

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La Chine au XXe siècle

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L'Angleterre, des Tudors aux premiers Stuarts

1509-1660

F.-J. Ruggiu

Le Monde musulman

Des origines au XIe siècle

Ph. SenacANALYSE ET SYNTHESE

1LA VIE RELIGIEUSE À L'AUBE DE LA RENAISSANCE

La Renaissance est une période d'affirmation de l'homme, de confiance en la raison, stimulée par la redécouverte de l'Antiquité et encouragée par les grandes découvertes.

Mais c'est aussi une période de peurs et de doutes : peur des maladies, de la mort, de la fin du monde, doutes sur la nature de l'homme. Ces craintes marquent la religion et façonnent une foison de rites qui visent à rassurer l'individu et la communauté.

Ces pratiques ont parfois été dénoncées par les contemporains et qualifiées de superstitions. Dans les années 1960, Jean Delumeau avait même avancé l'idée d'un monde mal christianisé. Mais par rapport à quoi ? au modèle tridentin en usage au XVIIe siècle ? Certes, le catholicisme du début du XVIe n'est pas celui des siècles postérieurs. Mais il est plein de vitalité, au point d'avoir été qualifié de flamboyant, par référence au style architectural en vogue.

Fins de l'homme, fin des temps (page 9)

Les hommes du début du XVIe sont hantés par leur salut, la peur du jugement particulier qui intervient au moment du trépas et la peur du Jugement dernier, jugement collectif que d'aucuns jugent imminent.

Des médiateurs et des rites rassurants (page 11)

Les fidèles placent leur confiance dans des médiateurs célestes, la Vierge, les saints, les anges et ici-bas principalement dans l'Église, qui offre intercesseurs et rites rassurants. Hors d'elle, point de salut.

Conversion personnelle et réforme de l'Église (page 16)

Mais les contemporains ne se satisfont pas de ces pratiques qui les laissent un peu passifs. Beaucoup approfondissent leur foi dans la méditation, aspirent à une conversion personnelle intérieure et à un temps de pénitence. Ils exigent aussi du clergé une vie plus pure, une réforme, car d'elle dépend l'efficacité de l'intercession.Fins de l'homme, fin des tempsUne sensibilité macabre

Les hommes de la fin du Moyen Âge sont hantés par la mort. Les historiens se partagent sur l'ampleur de cette tonalité macabre de l'aube de la Renaissance.

Cette flambée morbide se manifeste dans de nombreux lieux et de nombreux domaines. L'étude des testaments avignonnais ou lyonnais révèle cette obsession croissante dans le dispositif et les clauses testamentaires. Rites funéraires, lieu d'inhumation sont de plus en plus minutieusement prévus. L'évocation du cadavre ou de la charogne reflète une sensibilité macabre. L'art du XVe siècle a multiplié les représentations cadavériques ; les transis, les gisants sont toujours plus décharnés, comme celui d'Henri II à Saint-Denis.

Les ouvrages de dévotion diffusent une spiritualité centrée non sur l'Incarnation (Noël) ou la Résurrection mais sur la douleur de la Vierge et les souffrances du Christ. On compte ses plaies, on vénère les reliques de la Passion, croix, épines. À Fécamp ou à La Rochelle, les fidèles vénèrent le précieux sang. Des sépulcres sont édifiés dans les églises, comme à Meaux, les chemins de croix se multiplient, les scènes de crucifixion envahissent les retables, les Bretons édifient leur premier calvaire vers 1480 à Tronoen. La focalisation sur la Passion renvoie à la préoccupation majeure des croyants : la mort.Morbidité ou mobilité ?

Certains historiens ont vu dans l'émergence de cette sensibilité la conséquence du retour en force sur la scène européenne de la peste. Celle de 1348 a décimé deux tiers des Français. Depuis 1450, la population s'est reconstituée mais les pestes, qui recouvrent bien d'autres épidémies, rôdent toujours, et sont même virulentes entre 1492 et 1507, puis vers 1530 (Jean-Noël Biraben). L'espérance de vie est basse en ce début du XVIe siècle.

D'autres historiens comme Jacques Chiffoleau suggèrent que c'est moins l'omniprésence de la mort que la peur de la solitude devant celle-ci qui angoisse les fidèles. Dans les villes de la vallée du Rhône, région d'intenses passages et de déracinement démographique, le tissu familial s'est déchiré lors des pestes mais aussi des guerres, de l'exode rural ou de l'essor du commerce. La crainte de mourir isolé, loin des ancêtres, expliquerait l'invasion macabre dans la religion flamboyante.

Mais cette peur est surtout la conséquence d'une prédication terrorisante des clercs. Elle contribue à culpabiliser les fidèles et à les inciter à se souvenir de la mort, memento mori pour se préparer ici-bas au Jugement, individuel et collectif. Les artes moriendi inculquent cet effroi du passage vers l'au-delà.Un purgatoire infernal

Plus que la mort, c'est l'au-delà qui inquiète les fidèles. Ils s'en font une représentation de plus en plus tourmentée.

Les représentations du Jugement dernier se multiplient sur les peintures murales dans le sud-ouest de la France, comme dans la cathédrale d'Albi ou en Normandie sur les retables et les vitraux. Trois lieux sont le plus souvent figurés : le paradis, dont on peint de belles représentations, est souvent occulté par l'enfer et le purgatoire.

L'ars moriendi

Connu sous deux versions, l'art de mourir a été rédigé par un dominicain au début du XVe siècle. Il insiste surtout sur les derniers instants : tentations qui assaillent les mourants – souvent visualisées par des images –, questions à lui poser, prières qu'il doit prononcer, attitude des assistants. Il développe la crainte de la mort subite et encourage la rédaction testamentaire. Le texte circule sous forme manuscrite (235 manuscrits conservés en Europe), latin ou français, puis est imprimé massivement. Après 1530, Clichtove et Érasme renouvellent le genre de l'ars moriendi en insistant sur la préparation durant sa vie à la bonne mort. Les derniers instants sont occultés. Entre 1600 et 1789, ils retrouvent une grande importance dans l'imprimé (236 préparations à mourir inventoriées).

Dans l'enfer, lieu de damnation éternelle, les tortures sont toujours plus effrayantes, chaque type de pécheur s'y voit infliger un supplice spécifique. Lieu et temps intermédiaires où l'âme des défunts expie ses peines en vue de se racheter avant le Jugement dernier, continuation de la pénitence terrestre, le purgatoire est contaminé par les tourments de l'enfer. Les prédicateurs répètent à satiété que la pire souffrance terrestre n'est rien à côté de celles du purgatoire. Au point que la peur paralysante de l'enfer, refoulée par l'invention du purgatoire au XIIe siècle, laisse place à une peur du purgatoire, « enfer provisoire », et à la peur du jugement particulier rendu le jour du trépas. La différence entre le purgatoire et l'enfer n'est pas dans l'intensité mais dans la durée du séjour. La terreur qu'inspire la mort est liée à la comparution devant son Juge. À l'heure de la mort, lors du jugement particulier qui inflige la peine à endurer au purgatoire, mais aussi à l'heure du Jugement dernier qui selon certains approche.L'imminence de la fin des temps

S'il ne fait aucun doute que le début du XVe avec ses pestes, ses guerres et son Grand Schisme a vécu dans la crainte de la fin des temps, les historiens se partagent aujourd'hui sur la résurgence d'une telle angoisse à l'aube du XVIe. Certains milieux, monastiques notamment, semblent affectés par ce pressentiment de la fin des temps, et le propagent à la cour de Charles VIII ou à Paris tandis que le Rou...
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