Librairie coiffard

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À la ligne, Feuillets d'usine

Feuillets d'usine

La Table Ronde

18,00
par (Libraire)
27 février 2019

Conseillé par Lyonel

La littérature comme ligne d’horizon, voilà le geste fou de Joseph Ponthus. Formellement, ce premier livre en forme de bateau ivre fourmille de constellations poétiques. Mais on aurait tort de ne voir l’originalité de ce texte que par sa structure rigide de vers libres. C’est aussi la restitution de ces voix d’ombres, de ces personnages oubliés qui s’épuisent dans les corridors interminables des usines. On y voit et entend: la folie, la bêtise crasse, la beauté des gestes, l’absurde et des brindilles de vies pas encore complètement consumées. Joseph Ponthus brode ces portraits comme Apollinaire brodait ses lettres d’amour sur le champ de bataille - entre quelques balles sifflantes.
C’est violent et cru, c’est drôle et terriblement humain. On rencontre les ombrages de Charles Peguy, de Cendrars; on se remémore le crachat lumineux de Louis Calaferte et son Septentrion. Toujours, même dans les territoires opaques et portés de désillusions, pousse le germe fragile mais définitif de la littérature. Les carcasses des bêtes découpées prolifèrent comme les phrases et ce chant Homérique déroule jusqu’au vertige. Le verbe est une forme de résistance face à ces actions - répétées et absurdes. Ponthus livre également, plus secrètement, un joli tableau d’un amour conjugal qui le fait tenir, qui le fait rêver parmi les cadavres. Ce jeune homme a réussi a transformer la boue en or, voilà tout.