Librairie Coiffard ..

Ce qui n'a pas de nom
17,00
22 septembre 2017

Conseillé par Marie-Laure

L'écriture est thérapeutique, on le sait. Dans ce court récit, la poétesse colombienne Piedad Bonnett veut tenter de surmonter l'insurmontable : la mort de son fils.

Piedad Bonnett a perdu son fils Daniel alors qu'il n'avait que 28 ans. Cette mort est d'autant plus terrible que Daniel s'est jeté du toit de son immeuble. Il luttait depuis des années contre des démons intérieurs, une maladie dont on préfère taire le nom : la schizophrénie. Raconter Daniel, c'est bien sûr une façon de faire son deuil mais c'est aussi essayer de comprendre sa folie, se l'expliquer et d'une certaine façon, de la dompter. Cette folie aurait été provoquée par ce fameux médicament contre l'acné. En grande poétesse, Piedad Bonnett choisit soigneusement ses mots ; elle sait comment faire passer l'émotion tout en faisant preuve de pudeur et d'élégance ? Elle n'hésite pas à convoquer les plus grands écrivains, ceux qui ont utilisé la plume pour apprivoiser la mort ou la folie : Vladimir Nabokov, Raymond Carver, Javier Marías et bien d'autres. Elle reprend cette phrase de Juan José Millas : « L'écriture cautérise les blessures au moment même où elle les ouvre. » Cette citation dit l'essence même de cette entreprise littéraire. Avec ce texte, Piedad Bonnett se fait violence et panse ses blessures. « Ce qui n'a pas de nom » est un récit qui prouve à lui seul combien la littérature est nécessaire.

© Revue Page des libraires N°185 – Rentrée littéraire

Comment vivre en héros ?
22 septembre 2017

Conseillé par Marie-Laure

Comment vivre en héros ou comment une seule action peut influencer le reste de votre existence ? C'est tout le sujet de ce formidable roman qui vous happe dès les premières pages.

Tristan Rivière a grandi à Aulnay-sous-Bois. Son père, Marcel, ouvrier et communiste est un ancien résistant. Il élève ses fils dans l'idée de l'héroïsme et les oblige à pratiquer la boxe, sa grande passion. À l'âge de 16 ans, Tristan va décevoir les aspirations de son père. Alors qu'il prenait le métro avec son entraîneur Bouli, celui-ci, comme à son habitude, provoque une bagarre. Au lieu de l'aider, Tristan décide de l'abandonner à son triste sort. Devenu professeur d'Histoire, cet acte de lâcheté qui l'a profondément marqué a fait de lui un être isolé et vulnérable. Lorsqu'il rencontre sa femme, c'est le regret de cette scène qui le pousse à se comporter cette fois-ci « en héros ». Il lui faudra « 38 secondes » pour inverser le cours de son existence. Fabrice Humbert dissèque ici les vies ordinaires : comme une action, un choix ou une hésitation peut faire dérailler votre parcours ou au contraire, lui faire prendre une meilleure direction. L'auteur interroge aussi ceux qui ont fait notre Histoire. Tous ces grand hommes étaient-ils de véritables héros ou des hommes cupides qui avaient soif de pouvoir ? Un livre captivant et intelligent. La vie d'un homme ordinaire qui voulait se voir en héros et une extraordinaire histoire d'amour !

© Revue Page des libraires N°185 – Rentrée littéraire

Niels

Viviane Hamy

20,00
22 septembre 2017

Conseillé par Marie-Laure

Alexis Ragougneau délaisse le polar pour le roman historique. On y retrouve son goût pour les intrigues et bien sûr sa passion pour le théâtre. En effet, l'auteur joue avec les codes dramaturgiques pour mieux tromper son lecteur.
1940. Niels Rasmussen vit au Danemark avec Sarah, jolie juive à la chevelure rousse pour laquelle il s'est engagé dans la Résistance en tant qu'artificier. Lorsque sonne enfin la fin de la guerre, Niels reçoit un mystérieux courrier. C'est un extrait d'un article du Parisien libéré : « Épuration : c'est définitivement le 7 mai que le dramaturge Jean-François Canonnier actuellement détenu à Fresnes, passera devant la Cour de justice de la Seine ». Niels ne veut pas croire que son ami, avec qui il a monté plusieurs pièces de théâtre lorsqu'il vivait à Paris, soit réellement un collaborateur. Il décide de partir immédiatement pour la capitale française. Ce qu'il va découvrir là-bas est comme une immense représentation. Le rideau est tombé, les masques aussi et ce qui se cache derrière n'est pas très glorieux. Certains tentent encore de jouer le rôle de gentil ou de héros, d’autres assument le fait d'avoir fraternisé avec l'ennemi. Alexis Ragougneau pose cette question gênante : comment aurions-nous agi pendant l'Occupation. L'auteur revient aussi sur beaucoup d'artistes et écrivains à la moralité douteuse tels que Rebatet, Brasillach et Céline bien sûr. Dans cette comédie de faux-semblants, comment démêler le vrai du faux ? Connaît-on vraiment les gens ? Niels connaissait-il réellement son ami ? À la fois enquête policière, roman historique et théâtre presque « burlesque » (au regard de certains personnages), « Niels » est un roman aux multiples facettes, en trompe-l’œil pourrait-on dire. Le lecteur comme le narrateur doit apprendre à déchiffrer les codes et découvrir qui est acteur ou pas. Alors oui, encore un roman qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, mais « Niels » fait preuve malgré tout d'une très grande originalité, aussi bien pour son style que pour sa trame narrative.

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Ton père

Mercure de France

19,00
21 septembre 2017

Conseillé par Carole

Un jour, un déclencheur : une feuille de papier punaisée sur la porte de son appartement parisien, donne à Christophe (le personnage qu'on reconnaît être l'auteur) l'idée que quelqu'un – un voisin, un ancien amant, un intime – lui veut du mal.
Sur cette note, une phrase homophobe « Guerre et Paix : une contrepèterie douteuse » a le pouvoir de transformer son quotidien en le saupoudrant de pointes de méfiance, de questionnements sans fin. Qui a le droit de remettre en question son identité de Père et de Gay ?
C'est avec ce point de départ que le récit prend de l'ampleur et nous mène dans une enquête au cœur des souvenirs joyeux et douloureux de Christophe Honoré, ce réalisateur fantastique, cet auteur génial pour enfants, et pour adultes, qui met souvent de lui dans ces romans. Il évoque sa jeunesse en Bretagne, ses rencontres amoureuses, les jugements cruels de sa famille, et surtout la force de l'amour qu'il éprouve pour sa fille.
Ici c'est une réponse talentueuse et énergique contre ces actes agressifs et blessants. C'est aussi une joie de lire ce portrait rempli de moments charnières de sa vie, et de connaître ses inspirations, les artistes, auteurs, cinéastes, critiques, qui constituent sa bibliothèque, ou remplissent sa mémoire.
Un livre plein d'honnêteté et de passion.

Retourner dans l'obscure vallée
31 août 2017

Conseillé par Marie-Laure

Dans ce roman polyphonique, nous suivons cinq protagonistes, solitaires et errants, tels que les aime Gamboa. Manuela, une jeune femme attachante et bouleversante dont nous allons découvrir l'enfance traumatisante. C'est grâce à sa passion des mots qu'elle va trouver son salut. Tertuliano, qui se dit fils du Pape, est un personnage charismatique, prédicateur et violent. On retrouve également le consul et Juana que les lecteurs de Gamboa ont déjà rencontré dans « Prières nocturnes » (Métailié). Enfin, Arthur Rimbaud, le « poète voyant ». Au fil des chapitres, nous découvrons sa vie, son parcours et ses poèmes. Tous ces êtres sont des voyageurs. Santiago Gamboa explique qu'il a toujours été fasciné par ces âmes solitaires qui sont loin de chez elles et qui ont besoin de relater leurs histoires. Il a aussi remarqué que beaucoup de gens qui s'étaient installés en Europe ont envie de regagner la Colombie, désormais « pacifiée et pleine d'espoir ». Dans ce livre, c'est la vengeance qui va lier tous ces personnages et c'est cette même vengeance qui va les pousser à retourner vers leur pays d'origine. L'auteur nous entraîne dans une aventure incroyable où la violence du monde, la violence des hommes côtoie la poésie, l'amour, et l’entraide.

© Revue Page des libraires N°185 – Rentrée littéraire