Librairie Coiffard ..

Vie de Gérard Fulmard
23 janvier 2020

Conseillé par Lyonel

Jean Echenoz s’adonne au plaisir d’écrire. À le lire, on repense à Stendhal lorsque celui-ci, heureux d’écrire mais ne pouvant supporter cette ivresse, déposait la plume.

Chanceux lecteur qui, aujourd’hui, peut s’apercevoir que Jean Echenoz traverse cette même ivresse mais qu’il ne renonce pas à lui porter une continuité. Ainsi "La Vie de Gérard Fulmard". Ce personnage, figure drolatique d’un loser, est un steward qui ne peut plus monter en l’air. Un jour, le supermarché du coin explose. Attentat ou débris hasardeux d’un satellite ? Ce filet de trame permet à l’écrivain de se draper en parfait portraitiste d’une époque. Cadence infernale et pathétique des chaines info, figures stéréotypées des politiques ou autres agents médiatiques, Échenoz crayonne façon Saint-Simon une suite de personnages. Comme chez Patrick Modiano, il y a cette passion des lieux - les aléas sublimes des rues. C’est l’intérêt de ce livre que l’on pourrait, paresseusement, considéré comme une parodie de polar mais qui ne cesse, sous le chahut de son inventivité stylistique, d’offrir la possibilité de ses métamorphoses.

Et puis, cet art assumé du cliché, ces retours astucieux à ses propres leitmotivs font de Jean Echenoz, un accompagnateur élégant.

Harpo / roman

Viscogliosi, Fabio

Actes Sud

18,00
23 janvier 2020

Conseillé par Lyonel

Ce livre est une disparition ou plutôt - une rêverie.
Harpo, le personnage mutique et secret de la fratrie Marx, part pour l’Est. Voyage aux pays des soviets. Pour revenir au bercail, il doit traverser l’Europe et se rendre au Havre où les longs cargos somnolent dans le port. Mais Harpo déchausse en voiture, façon Michel Piccoli dans les Choses de la Vie. Accident et amnésie.
Fabio Viscogliosi se permet - grâce à cette quête de la mémoire - l’école buissonnière. Il prend pour modèle, parfois, la prose décousue d’un Stendhal, période Henry Brulard. Description des rues du vieux Lyon, paysages d’une France ignorée, aux fibres solitaires. Viscogliosi opère en touches impressionnistes. En musicien, il élabore les mêmes accords gracieux qu’un de ses mentors - Jonathan Richman. Ce roman ne se laisse pas emmurer dans un simple résumé. Il se cabre, virevolte ou improvise comme pouvaient le faire les frères Marx. Le montage de ce récit se découpe de façon lunaire et poétique. Les souvenirs sont, décidément, d’insécables caprices.

Tchernobyl
24,90
22 janvier 2020

Conseillé par Quentin

Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl se fissure et expose l’Europe entière à la "terreur nucléaire". Cette catastrophe est présente dans l'imaginaire de tous, pour les plus jeunes, ce n'est qu'un évènement que l'on voit retranscrit dans les différents médias actuels (Films, séries, jeux vidéos). Mais pour beaucoup, c'est un souvenir encore vif qui est la marque d'une époque révolue.
Igor Koustine est le premier photographe à atteindre la centrale mais c'est aussi le seul à y avoir pris des photos le jour même de l'accident. De simple photographe pour l'agence de presse soviétique "Novosti", il va devenir un témoin essentiel de ce désastre, allant même jusqu'à demander de s'installer au plus près de la zone contaminée pour pouvoir continuer à aider et à photographier ses camarades.

110 photographies accompagnent le témoignage d'Igor dans ce livre poignant qui nous fait vivre au cœur de la radioactivité pendant plus de 15 ans.

Soon

Cadène, Thomas

Dargaud

27,00
16 décembre 2019

Conseillé par Antoine

Bientôt...Bientôt onze tempêtes frapperont les États-Unis, bientôt un virus destructeur envahira le monde, bientôt nous vivrons des guerres sans humains qui feront des milliards de morts.
Puis il y a aura Le Contrat, seule solution pour protéger notre planète et retrouver un équilibre social.

SOON c'est la promesse d'un ailleurs, de la science fiction très concrète, un récit post-apocalyptique qui s'éloigne des poncifs du genre, les êtres humains ont su s'organiser face à l'adversité et ont su dépasser leur inconséquence.
C'est aussi l'histoire d'un fils qui se sent oublié par sa mère qui part pour une expédition dont elle ne reviendra surement jamais. En bref une grande histoire où l'on se sent tout petit.

L'ami
20,90
11 décembre 2019

Conseillé par Célia

Un roman qui a du chien!

Au décès de son meilleur ami, la narratrice se voit confier le chien de celui-ci. Aucune des trois anciennes épouses ne souhaite garder le molosse, c'est donc un soulagement pour elles de laisser le chien à l'amie du défunt, qu'elles sont toujours considérée comme une intruse ou un danger.
L'animal, surnommé Apollon, est tout de même un grand danois faisant la taille un poney... La cohabitation s'annonce difficile dans le minuscule appartement de la narratrice, d'autant plus que son bail lui interdit normalement de prendre un chien.

Tous deux gèrent leur deuil à leur façon, l'un en grognant quand on veut le déloger du lit, l'autre en se consacrant à l'écriture et à son travail de professeur universitaire.
Mais peu à peu ils vont s'apprivoiser, se lier, se soutenir mutuellement et préserver, en quelque sorte, la mémoire de leur ami commun.

Un roman surprenant et décalé sur le deuil qui nous touche par ses personnages attachants, en particulier ce grand chien endeuillé qui est une belle représentation des liens humains-animaux qui peuvent se tisser.
On y trouve également toute une réflexion sur la littérature et de belles références puisque la femme et son ami disparu sont tous deux professeurs de lettre à l'université.