Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

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19 janvier 2011

Roman noir diablement efficace. Une écriture rapide, sèche, directe. La description de la fusillade est un exemple du genre : terrible, horrible. Filmée "à la lettre" la scène serait insoutenable. Ecrite, chacun y met ses propres images pour la rendre supportable. Le reste du bouquin est moins "hard", mais, je le redis, efficace. La transformation de ce père de famille en barjot total et incontrôlable est impressionnante. Pas incroyable, parce que le talent de J-H Oppel est justement de nous faire croire à l'incroyable, nous y amenant par petites touches : Salgan a la baraka, la chance du débutant, la haine totale et plus aucune raison de s'émouvoir. Une idée de la rapidité du style ? Salgan arrive devant les ruines fumantes de sa maison : "Jérome-Dieudonné Salgan s'affole derrière son volant. Il voudrait écraser tous ces cons qui lui barrent le passage. Des voisins en pyjama. D'autres en tenue d'intérieur, tricot de corps et bretelles pendantes sur les fesses. Des bigoudis. Des robes de chambre. des normaux habillés, les pantoufles aux pieds. Se couchent pas tous comme les poules, dans la Cité.

Des uniformes, aussi. Beaucoup. Qui s'écartent devant la Mercedes. Se méprennent." (p.37)

Jean-Hugues Oppel nous plonge dans les arcanes de la raison d'état, dans les magouilles des puissants pour se débarrasser de ceux qui les gênent. Les officines secrètes, obscures qui font le sale boulot, dirigées par des personnages louches, sans scrupules. Les secrets d'état bien gardés, par des hommes prêts à tout pour que rien ne s'ébruite.

Une sacrée bonne idée de Payot et Rivages de rééditer ce roman très noir qui n'a pas pris une ride, (écrit en 1988), et ceci malgré l'absence d'Internet, de téléphones portables et autres gadgets dont sont remplis les romans récents. Souvent à juste titre, mais parfois jusqu'à l'overdose.

roman

Stock

17,00
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19 janvier 2011

On, comment dire, pour ne pas fâcher ? C'est un livre... allez, j'y vais : c'est un livre qui, loin d'être désagréable, ne me laissera pas un souvenir impérissable. Bien écrit avec des phrases courtes, rapides, il dit toutes les angoisses d'une future mère. Cette future mère qui vit dans une famille dans laquelle les relations et la communication sont difficiles, voire conflictuelles. Envie, jalousie, ... Une petite dose de secret de famille en plus que l'on sent poindre dès le début autour des hommes, grands absents de la fratrie. Se lit vite, même si j'ai mis un petit peu de temps, peut-être par manque de motivation (139 pages aérées).

Malgré ces bons points, j'ai eu du mal donc à aller vite, parce que je me suis senti relire. Comme si Capucine Ruat écrivait des choses déjà dites, sans rien inventer. C'est un peu larmoyant, mais sans vraiment d'émotion. Peut-être mon statut d'homme m'empêche-t-il d'entrer dans la psychologie de la femme enceinte (mais, bon, j'ai quand même dû supporter -dans les deux sens du terme- ma femme pendant deux grossesses, et ce n'était pas une sinécure !) et dans la subtilité des relations mère-fille, très largement évoquées : "Toute ma vie j'ai souhaité qu'elle meure, très fortement, j'ai souhaité que ma mère meure, ça ne se dit sans doute pas, mais tout irait mieux si elle n'était plus là, j'ai mis du temps à comprendre, ce n'était pas ma faute, elle ne m'aimait pas, ne m'avait jamais aimée, c'était si clair, et trop tard, la vie avait passé, toute mon enfance et mon adolescence, envolées, une partie de ma vie de femme, gâchée, je voulais sa mort, puisque tout était mort entre nous, que sa dureté, sa sécheresse me brûlaient, je ne supportais plus de la voir, de l'entendre, notre indifférence, moi quémandant ses miettes d'amour, je n'osais pas me l'avouer, et puis un jour, à la télévision, une actrice a dit qu'elle n'aimait pas sa mère, souhaitait sa disparition, ôter le poids mort, elle a dit à ma place ces mots incorrects." (p.98/99)

Cette phrase symbolise bien le livre : un bon début, un style littéraire que j'aime bien, et puis, patatras, arrive la fin, cette actrice, qui dit à la place de l'autre. Comme si justement, Capucine Ruat ne faisait que répéter ce qui avait déjà été dit par d'autres.

Rien de bien original, rien de bien désagréable. Un livre qui ne touche ni n'émeut, malgré les thèmes qu'il aborde. Dommage.

Christian Bourgois

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5 janvier 2011

L'histoire se passe dans une forêt. Vieil Homme et Vieille Femme y déambulent, discutent, se disputent et cherchent des clairières. Accompagnés de Pinprop, leur bouffon eunuque, leur esclave, ils philosophent, Pinprop dirigeant à la fois leurs pas et leurs échanges verbaux :

"Sans se retourner vers le vieux couple, il [Pinprop] déclara :

- Comme nous le disions. Nous avons effectivement trouvé l'endroit, et l'endroit nous a effectivement trouvés. Nous ne sommes pas encore arrivés, mais chaque endroit où nous nous arrêtons exige une redéfinition de notre destination.

- Tu veux dire que nous ne sommes pas encore arrivés ? demanda Vieille Femme, indignée.

- Oh, si, répondit Pinprop. Mais seulement à titre provisoire.

- Quoi ! s'écria Vieille Femme.

- C'est comme ça, dit Pinprop d'un ton rassurant. Quand une oie pond un oeuf, beaucoup d'autres oeufs seront pondus. Quand une tapette attrape une souris, beaucoup d'autres souris seront attrapées. L'objectif final d'une oie, c'est de devenir oeuf ; pour la tapette, c'est de finir souris.

- Oui, dit Vieille Femme. Cela est très sensé. Continue." (p.14/15)

Ce court conte ou fable philosophique recèle de nombreux dialogues de ce type. On y croise également d'autres personnages : l'Homme, Nouvel Homme et Nouvelle Femme, tous emplis de questionnements et en recherche de réponses. J'avoue que je n'ai pas toujours tout compris, mais Ben Okri a une écriture qui fascine et qui fait qu'on a envie d'aller au bout de son histoire. Sa forêt peut être une sorte de Purgatoire, de salle d'attente du Paradis, ou encore un jardin d'Eden, chacun y voyant ce qu'il a envie d'y trouver. Qui des réponses, qui des pensées, comme Nouvel Homme : " Le jeune homme attendit patiemment. Puis il parla.

- La vie est un chef-d'oeuvre de l'imagination, dit-il.

- C'est tout ?

- Oui. Ne trouves-tu pas que c'est adorable ?

- L'imagination d'un esprit malade, je dirais. Allons-y.

- C'est honteux que ça ne te plaise pas. C'est la meilleure pensée que j'aie eu de toute ma vie.

- Allons-y.

- La meilleure pensée de toute ma vie et elle disparaît en en clin d'oeil.

- Je suis sûre que nous survivrons à cette déception.

- Allons-y, ma chérie.

- Oui. Allons-y." (p.75)

Cette fable est suivie de 13 "stoku" forme narrative que Ben Okri a créée : "Sto" pour story (= nouvelle) et "ku" pour haïku. "Selon ses propres mots, son origine est mystérieuse, son but est la révélation, sa forme compacte, son sujet infini. Sa nature est l'énigme. (4ème de couverture) Ce sont en fait de très courtes nouvelles, de une à trois pages, racontant des faits, des histoires de manière poétique, dans le même genre que le conte qui précède, et qui "proposent un mode différent d'appréhension du monde, dur et extrême, qui nous entoure." (4ème de couverture)

Une lecture passionnante, très différente des productions en vue. De l'ironie, du décalage, de la poésie, de l'humour, de la philosophie, etc, etc, ... A lire et à relire ; pour cela, je le garde pas très loin de moi, pour piocher dedans, de temps en temps.

par
4 janvier 2011

J'ai pris ce bouquin, sur le titre et sur un ou deux billets, notamment celui de bibliosurf. M'est avis que je n'ai pas lu le même livre. Dire que je suis passé à côté est un peu léger : au fur et à mesure de ma traversée des pages, je m'enfonçais de plus en plus dans un méandre d'incompréhension.Je n'ai jamais pu ressortir de la jungle pluyettienne et n'ai même pas atteint celle du Pérou ayant abandonné l'équipage encore sur le fleuve.

Loin de moi l'idée de dire que c'est un mauvais livre, puisque je ne l'ai pas fini et puisque je suis bien incapable de résumer ce que j'ai lu. Je ne comprends rien, je ne suis pas sensible à l'humour de l'auteur, que je trouve assez lourd et attendu.

Récit

Sabine Wespieser Éditeur

15,20
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2 janvier 2011

Yanick Lahens est une écrivain et elle vit à Port-au-Prince. Suite au séisme, elle décide de rester, de porter secours selon ses moyens à qui le demande et surtout de continuer à écrire, au jour le jour, sur les Haïtiens, sur Haïti. Elle ne fait l'impasse sur rien et se pose même les questions les plus importantes : "pourquoi nous les Haïtiens ? Encore nous, toujours nous ? Comme si nous étions au monde pour mesurer les limites humaines, celles face à la pauvreté, face à la souffrance, et tenir par une extraordinaire capacité à résister et à retourner les épreuves en énergie vitale, en créativité lumineuse. (p.68) Sans rien éluder, elle scrute les différences entre les Haïtiens, partagés en deux, les Créoles, "ceux qui ont" et les Bossales, "ceux qui n'ont pas". Pourquoi, ce petit pays, la première colonie à avoir été indépendante ne réussit pas à vivre, tout simplement, mais use toute son énergie à survivre ? Yanick Lahens passe en revue, la politique, l'économie, les associations qui aident les sinistrés, mais qui les rendent également dépendants de leur aide : "Autant dire que nous sommes devenus à la longue des camés, dépendants d'une cocaïne, d'un crack qui s'appelle l'aide internationale. La reconstruction, la vraie, supposerait un accompagnement de qualité venu d'ailleurs (car nous avons besoin d'aide) mais précisément pour une cure de désintoxication qui passerait par les affres du sevrage avant le long chemin vers la dignité. On en est encore loin" (p.150)

Pas de misérabilisme, juste un constat : aidons les Haïtiens à vivre, à s'en sortir eux-mêmes ! Loin des discours habituels, Yanick Lahens insuffle une bonne dose d'optimisme et "une formidable force de vie." (4ème de couverture)

Pour conclure, une dernière citation de l'auteure -j'en ai déjà fait beaucoup, mais j'aurais presque pu citer tout le texte ! -qui résume la démarche d'écriture de ce livre : "Le 12 janvier, le temps s'est figé, chaque seconde lestée. Nous étions sans passé, sans avenir. Dans l'unique sidération de l'instant. Plombés dans un présent étroit et noir.

Toutes ces pages en deux mois et demi pour dire. Les mots sont sortis comme des éclats d'un corps. Certains projectiles m'avaient atteinte bien avant le 12 janvier et s'étaient ce jour-là seulement enfoncés plus profondément dans ma chair. J'en ai presque perdu le souffle et le sommeil, mais j'ai avancé. Je devais le faire. En dépit de mes propres failles Au bout du compte, me suis-je mise en danger ou en représentation, ou les deux ? Je ne sais pas." (p.143)

PS : Yanick Lahens est venue près de chez moi, à Nantes, pour poser la première pierre du futur mémorial de la traite des noirs et de l'esclavage. "Dans une ville par laquelle a transité [...] la moitié des bateaux négriers en route vers l'Amérique. Douze années de lutte de la municipalité pour remplir ce devoir de mémoire. Chapeau ! Pour moi, grande émotion sur le quai de la Fosse. Très grande émotion." (p144)