sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

20,00
4 juillet 2021

Mandchourie, 1945. Dans son palais de Xinjing, Otozō Yamada, commandant en chef de l’armée japonaise du Guandong, semble ne pas s’inquiéter de l’Armée rouge qui frappe à la porte de la colonie. Il prend de haut Puyi, empereur fantoche du Mandchoukouo, inconscient du fait qu’il est en passe de devenir lui-même un gouverneur fantoche. Lettré et fin gourmet, le général tient sous sa coupe un cuisinier chinois rebelle qui lui mijote d’incroyables plats, enchaîné dans les cuisines du QG. Dans son lit, Kilsun, la compagne coréenne de Chen, le régale d’une expertise acquise depuis qu’elle a été enlevée par les troupes japonaises dans son village du nord de la Corée. Le monde s’écroule autour de lui mais Otozō ne se préoccupe que de son palais et des mets précieux que lui prépare Chen. Ennemis, les deux hommes se livrent une bataille sans merci dont les armes sont le billot, le couteau et le fourneau du cuisinier auxquels s’oppose la langue du japonais qui goûte, apprécie, se laisse berner, attendrir, surprendre.

C’est par le prisme de la gastronomie que Jeong-hyun Kwon a choisi d’évoquer l’Histoire de la Mandchourie et les trois ‘’forces’’ en présence en 1945, au moment où l’Empire colonial japonais est sur le point de s’effondrer.
C’est Otozō Yamada qui prête sa voix à la partie japonaise. Ce personnage ayant réellement existé est décrit ici comme un homme plus préoccupé par ses repas que par le sort de l’armée qu’il dirige. Peu lui importe l’avancée des troupes soviétiques, il a foi en la grandeur et la puissance du Japon et tant qu’on lui apporte les mets les plus fins et les plus délicats, rien de grave ne peut arriver. Nostalgique de son enfance et des plats cuisinés par sa chère mère, il peut aussi être cruel, à l’image de son pays, colonisateur sans pitié en Mandchourie comme en Corée.
La Chine est représentée par le cuisinier Chen, socialiste convaincu qui a réussi à s’introduire dans les cuisines du haut commandement japonais avec pour seules armes son couteau et le billot hérité de son père. Il est l’homme du peuple qui refuse de plier sous le joug japonais. Il maîtrise tous les plats cantonais et yi et veut endormir la vigilance de ses geôliers grâce à ses plats inventifs. Son plan est d’éliminer l’ennemi de l’intérieur.
Pour la Corée, c’est la belle Kilsun qui raconte son histoire; si belle qu’elle a commencé par attiser la convoitise de son propre frère. C’est pourtant sur son invitation qu’elle décide de quitter son pays pour le rejoindre en Mandchourie. Mais dès la gare, elle est enlevée, parmi tant d’autres, par des soldats japonais qui lui promettent un travail à l’usine. Las ! Elle sera femme de ‘’réconfort’’ passant de bras en bras, battue, possédée, violée jusqu’à ce que Chen la sauve et l’emmène finalement en Mandchourie. Elle y retrouve Seok, son révolutionnaire de frère qui l’incite à séduire Otozō pour le tuer.
A travers cette guerre du goût que se livrent l’oppresseur japonais et le cuisinier chinois, Jeong-hyun Kwon dénonce la guerre, les atrocités commises par les armées nippones, le sort des femmes de réconfort, victimes des pires sévices.
Une page d’histoire à découvrir où l’auteur mêle avec habileté les horreurs de la guerre et les plaisirs de la chère. Un récit fait de chair, de sang, de sexe, sensuel et cruel, subtil et complexe.

30 recettes coréennes simples et authentiques

Atelier des cahiers

22,00
4 juillet 2021

Après un première impression très positive :
- Un grand et beau livre
- De jolies illustrations
- Les interventions de l’autrice qui raconte et explique ses recettes
- L’idée originale de présenter chaque plat dans sa version typiquement coréenne, donc très épicée, et dans une version plus douce adaptée aux palais français.

J’ai déchanté :
- Les recettes sont archi-connues pour qui s’intéresse à la cuisine coréenne
- On me vend 30 recettes alors qu’il n’y en a que 15 déclinées en deux versions
- Aucune recette de pâte à raviolis coréens, qu’on est censé acheter congelée (rédhibitoire pour moi), et c’est la même chose pour les gâteaux de riz
- Un livre qui s’adresse plutôt aux débutants
- Une liste d’épiceries coréennes en France et au Canada totalement anecdotique (on trouve plus et mieux sur Google, c’est dire !)
Si je n’ai pas été surprise, et même plutôt déçue, par les recettes proposées par Jimin Song, j’ai apprécié ses efforts pour rendre accessible la cuisine de son pays, son enthousiasme visible tout au long de l’ouvrage, son envie de faire découvrir et de transmettre et le soin apporté à la mise en page.
Un bel objet-livre à réserver aux débutants désireux de s’essayer à la cuisine coréenne.

29 juin 2021

Las des querelles et mesquineries de la questure de Parme, le commissaire Soneri s’accorde quelques jours de vacances dans les Appenins. Au pied du Montelupo, dans le village qui l’a vu naître, le policier compte renouer avec ses amis et surtout cueillir des champignons. Mais, sur place, l’ambiance est délétère. Tous les jours, des coups de feu retentissent dans la montagne et il se passe de drôles de choses chez les Rodolfi, propriétaires de l’usine de charcuterie qui fait vivre le village. Quand Palmiro, le patriarche se suicide et que son fils, Paride disparaît, le commissaire voit ses vacances définitivement perturbées. Refusant de se mêler de l’enquête malgré les sollicitations du carabinier local, Soneri ne peut pas non plus ignorer que son village et ses habitants sont différents des souvenirs qu’il chérissait et qu’il doit comprendre ce qu’il s’est passé.

Novembre dans les Appenins, entre brumes insidieuses et brouillards opaques. Un village calme en apparence mais la colère gronde, la haine couve. Ces montagnards taiseux ont vendu leurs âmes aux Rodolfi, maîtres des lieux et dont la fortune a des origines louches. Le patriarche aurait fait son beurre avec les fascistes et même les nazis pendant la guerre. On a bien voulu oublier ce faux pas parce qu’il est né pauvre, qu’il a connu la faim et qu’il a réussi à force d’ambition et de volonté, mais aussi parce que presque tous les villageois lui ont accordé des prêts pour faire fructifier l’usine. Jeune, il formait un trio avec Capelli, le fromager suicidé récemment et Gualardzi, le seul à n’avoir renié ni ses origines ni ses idéaux. Il vit en reclus dans la montagne, on l’appelle ‘’Le Maquisard’’, une force de la nature qui vit de braconnage et ne s’est pas vendue au Dieu Argent. Est-ce lui qui tire dans les montagnes, faisant planer une menace diffuse sur les lieux ? Est-ce lui qui a tué Paride ? Les carabiniers en sont certains et organisent une chasse à l’homme sur un terrain qui leur est forcément défavorable… Au milieu des balles qui sifflent et de l’inquiétude qui se propage, le commissaire Soneri tente de faire taire sa curiosité pour profiter de ses vacances. Mais un flic reste un flic en toutes circonstances. Même si un fossé s’est creusé entre l’homme de Parme et les montagnards qui l’ont pourtant vu grandir, Soneri connaît ces gens et ce pays où il a ses racines. Son propre père a travaillé pour les Rodolfi. A quelles compromissions s’est-il livré pour obtenir ce poste ?
On ne connaît du passé de ses parents que ce qu’ils ont bien voulu nous raconter et Soneri prend conscience que tout un pan de l’histoire de son père lui est inconnu. Le résistant communiste s’est-il renié en pactisant avec le vieux Palmiro ? Partagé entre le besoin et la crainte de savoir, le commissaire creuse le passé pour expliquer le présent.
‘’Tu es un homme doux-amer’’ dit Angela, sa compagne, au commissaire. Et c’est un peu le fil conducteur du livre, un partage entre la douceur des souvenirs d’enfance et l’amertume de la confrontation avec une réalité moins rose. Et bien sûr, Varesi met en valeur son petit coin d’Italie. Ici le Montelupo qui domine le village, jetant ses ombres sur des hommes qui l’ont parcouru pour chasser ou faire la guerre. Personnage du roman à part entière, la montagne cache bien des secrets. Elle a vu passer les résistants, les fascistes, les soldats allemands, les contrebandiers, aujourd’hui elle abrite les clandestins ou les passeurs de drogue. Elle dissimule, protège ou tue selon son bon vouloir…
Comme à son habitude, Valerio Varesi nous propose un polar d’ambiance qui vaut plus pour son atmosphère que pour son suspense. Paisible et bucolique de prime abord, l’histoire se fait de plus en plus sombre, au fur et à mesure que se dévoilent la cupidité, la méfiance, la jalousie…les bassesses des hommes.
Coup de cœur très subjectif, provoqué par un attachement à l’auteur et à son commissaire.

Tome 1 : Mort compte triple

La Martinière

14,90
24 juin 2021

La vie est paisible à Marlow, une petite ville anglaise au bord de la Tamise. Judith Potts y vit dans une belle demeure héritée de sa tante. La respectable vieille dame de soixante-dix-sept ans y occupe ses journées à réaliser des mots croisés pour la presse nationale. Mais quand vient la nuit, elle aime nager dans la Tamise dans le plus simple appareil ! Une excentricité qu’elle s’autorise, tout comme elle ne rechigne pas à vider quelques verres de scotch. Après tout, elle vit seule et elle a passé l’âge de se préoccuper du jugement des autres.
Un soir, alors qu’elle profite des bienfaits de l’eau, elle entend des cris et un coup de feu provenant de chez son voisin d’en face. Elle ne le sait pas encore, mais cet évènement va changer sa vie. De verbicruciste, elle va devenir enquêtrice. De solitaire, elle va se trouver deux fidèles amies : Becks Starling, la plus que parfaite femme du vicaire, et Suzie Harris, dog sitter de son état. Ensemble, elles vont seconder l’inspectrice Tanika Malik, un poil débordée par l’ampleur de l’affaire, dans son travail de police.

Une septuagénaire indépendante et un brin excentrique, une femme de vicaire parfaite sous tout rapport et une promeneuse de chiens adepte des ragots, voilà l’intrépide trio réuni par Robert Thorogood pour mener l’enquête dans une ville de carte postale de la vallée de la Tamise. Rien de révolutionnaire dans le monde du cosy mystery. L’écriture est simple, voire pauvre, le suspense ne tient pas en haleine et il s’agit surtout dans ce premier tome de présenter les trois femmes farfelues qui s’improvisent détectives. On se laisse malgré tout entraîner par la fougue des protagonistes dans les paysages bucoliques d’une Tamise méconnue, loin de Londres.
Un divertissement gentillet pour une lecture estivale rafraîchissante.

22 juin 2021

Fils de meurtrier…C’est l’étiquette que la société a collé sur le front de Seo-weon. Depuis que son père, Choi Hyeon-su a commis une série de meurtres au bord du lac Seryeong. Seo-weon avait onze ans et les actes de son père l’ont condamné à une vie d’errance. Rejeté par sa famille, obligé de quitter l’école, il vit avec Seung-hwan, ni un ami, ni un parent, juste un homme qui a vécu quelques semaines avec les Choi au moment du drame. Ensemble, ils ont parcouru la Corée à la recherche d’un endroit tranquille et anonyme, traqués par la presse, sans cesse obligés de fuir les rumeurs, les insultes, le rejet.
Désormais, Seo-won a dix-huit ans. Condamné à mort, Hyeon-su est sur le point d’être exécuté et Seung-hwan disparaît en lui laissant un manuscrit qui relate les évènements du lac Seryeong. Le moment est venu pour le jeune homme de se confronter à ce passé qui lui colle à la peau et d’affronter un ennemi tapi dans l’ombre : Oh Yeong-je, le père de Se-ryeong, la première victime de Hyeon-su, qui réclame vengeance.

Les nuits de sept ans, c’est d’abord un lieu. Le lac de Seryeong, son village bas, son village haut, son échangeur autoroutier, son barrage hydraulique, ses bois sombres, son jardin botanique et La Résidence où logent les employés du barrage. Un endroit isolé, inhospitalier, voire dangereux, toujours dans la brume. Sous le lac, l’ancien village englouti cristallise les légendes des habitants alentours.
Les nuits de sept ans, ce sont aussi des personnages. Ambivalents, victimes et coupables, aux prises avec les affres d’un destin qui leur est peu favorable. Morts ou vivants, présents ou disparus, ils pèsent sur les évènements de tout le poids de leurs sentiments, leurs émotions, leurs actions.
La première victime, la petite Se-ryeong, onze ans à peine. Onze ans de coups, d’humiliations. Une trop courte vie sous la coupe d’un père obsessionnel, pervers narcissique. Sa mère, Mun Ha-yeong, qui a fui le domicile conjugal, dans l’espoir souvent déçu d’échapper à son mari.
Choi Hyeon-su, ancien joueur de base-ball, désormais chef de la sécurité du barrage. Sa carrière sportive a été brisée par le syndrome du bras étranger. Son bras gauche, qu’il a surnommé ‘’le massacreur’’ ne répond plus à ses ordres, agit par sa propre volonté. Depuis, il noie dans l’alcool ses rêves envolés, son mariage bancal, le fantôme de son père qui le hante depuis ses onze ans. Sa seule joie est son fils Seo-won qu’il aime plus que tout au monde. Sa femme Eun-ju n’est plus qu’une mégère acariâtre. Elle rêvait d’une vie facile, d’aisance financière, de rejoindre au moins les classes moyennes sur l’échelle sociale, elle se retrouve avec un mari alcoolique et lâche et ressasse sa rancœur en travaillant sans relâche pour atteindre ses ambitions malgré lui.
Quand la famille s’installe dans le pavillon n°102, le locataire déjà présent accepte de partager la chambre de Seo-won. C’est un plongeur qui se rêve écrivain. D’emblée, Seung-hwan s’attache à son petit colocataire et protège son chef, Hyeon-su.
Et bien sûr, il y a Oh Yeong-je, le père de Se-ryeong. Quelqu’un a tué sa fille, sa chose, sa propriété et il est près à détruire le meurtrier en lui causant le plus de souffrances possibles.
Les nuits de sept ans, c’est, enfin, une claque littéraire. Un polar magistralement construit qui brasse les époques et les points de vue, sans être répétitif et avec un suspense qui va toujours crescendo. Un roman riche, fouillé, psychologique, une plongée dans les eaux troubles du lac Seryeon et dans les tourments de l’âme humaine. Une réussite totale.

Je remercie Cristie, du blog Depuis le cadre de ma fenêtre, ainsi que Franck de Crescenzo des éditions Descrescenzo pour ce cadeau.