sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

roman

Joëlle Losfeld

7,00
25 septembre 2012

Lucien est somme toute un adolescent comme les autres. Du haut de ses certitudes, il méprise sa famille et surtout son père qui lui fait honte. Au lieu de se contenter d'être un instituteur respecté et aimé de ses élèves, ce père aime à se déguiser en clown et à se produire dans les petites fêtes de quartier ou les anniversaires. Il pousse même le vice jusqu'à embarquer sa petite famille dans ses virées et Lucien assiste, honteux et déconfit, à ses numéros d'artiste de cirque pas très doué. Mais un jour sa vision des choses va changer, le jour où son oncle Gaston lui confie un souvenir de guerre....

Non, la résistance, ce n'était pas que de Gaulle et Jean Moulin. Non, la résistance, c'était aussi monsieur et madame tout le monde, refusant l'occupation allemande et se découvrant de la fougue et de la bravoure au moment de passer à l'acte.
Mais ça à la limite, on le savait déjà....
Alors ce qui bouleverse dans ce court roman ( cette nouvelle ? ) de Michel QUINT, c'est de nous faire découvrir que sous l'uniforme allemand, il y avait aussi des hommes avec un coeur, des convictions, le sens de la justice.
Ode à l'amitié, au courage, au sacrifice, à la famille, Effroyables jardins est surtout un hymne à l'Humanité avec un grand H.
Tout en pudeur et en retenue, plein de tendresse, concis mais profond, ce livre est à mettre entre toutes les mains.

25 septembre 2012

Etudiant noceur à Paris, chercheur à l'Institut Pasteur à Alger, médecin dans le bled algérien, député à Prague, directeur d'un sanatorium au fin fond de la Bohême, et partout, danseur de tango, amoureux de Carlos Gardel, tel est Joseph Kaplan, le héros du dernier roman de Jean-Michel Guenassia.


Et quel roman! On s'y promène dans la vie d'un homme avec ses joies, ses peines, ses espoirs, ses désillusions, ses amours, ses amitiés liés aux grands évènements qui ont tourmenté le siècle. Joseph Kaplan danse dans les cabarets parisiens au temps du Front Populaire, goûte à la douceur de vivre de l'Algérie française, combat l'épidémie de peste, partage les espoirs du communisme, d'une société nouvelle, de "lendemains qui chantent", déchante sous le joug de Moscou, l'appareil d'Etat, les dénonciations, la surveillance, la méfiance, aime, souffre, mais toujours avance, malgré les aléas de la vie et du monde.
Et Ernesto G. dans tout ça? Un révolutionnaire convaincu, un symbole, un héros, un homme émouvant, plus tout à fait maître de son destin, qui passera dans la vie de Joseph et laissera des traces dans sa famille....
Le XXème siècle défile à toute allure, sans temps mort; un roman passionnant et bouleversant qui ne se lâche pas avant la dernière page, un homme qu'on quitte avec regret. Coup de coeur absolu!

25 septembre 2012

Elle s'appelle Yehenara et grandit à Nankin dans une famille mandchoue aisée. Sa vie est toute tracée, son père, capitaine de la Septième Bannière lui trouvera un bon parti et elle se mariera. Mais parfois le destin vient bouleverser les projets les plus raisonnables. Un poste à Canton, une sombre affaire de corruption et la famille revient à Pékin sans le sou. Les bons partis s'envolent et Yehenara n'a d'autre choix que d'entrer comme concubine de l'empereur au palais impérial. Là, elle devient Lan Er, une fille de bonne famille parmi tant d'autres avec peu d'espoir d'être remarquée par l'empereur. Alors, elle s'instruit, apprend la calligraphie, le chant, l'art d'aimer.

Sa beauté et sa personnalité ne tardent pas à attirer l'oeil de l'empereur qui tombe sous son charme, l'invite dans son lit et lui fait un enfant. C'est ce fils, cet unique héritier qui lui donnera le pouvoir auquel elle aspire. Quand l'empereur meurt, elle évince ses rivaux et régente l'empire selon les principes inculqués par son père : le pouvoir doit rester entre les mains des mandchous, les étrangers doivent être combattus, au même titre que les rebelles T'aï P'ing qui menacent l'empire. Manipulations, assassinats, alliances, trahisons, celle qui s'appelle dorénavant Tseu-hi, ne reculera devant rien pour conserver le pouvoir pendant près de la moitié du XIXè siècle.

Si on découvre la célèbre Cité Interdite comme si on y était, il manque un souffle romanesque à ce récit. Le protocole, les traditions, les intrigues, la corruption,etc. Rien ne nous échappe. Mais une telle femme, un tel destin méritaient un autre traitement. Tseu-hi, sous la plume de Gérald MESSADIÉ, apparaît comme une perfide ambitieuse, éprise seulement de pouvoir, une mégalomane qui place la Chine au-dessus de tout et refuse tout contact avec les occidentaux. Ses motivations, ses sentiments ne sont pas suffisamment évoqués. L'auteur ne réussit pas à nous la rendre humaine. Et pourtant, de son point de vue, la façon dont les anglais, les français, et même les japonais, imposent leurs vues par la force des armes, ne pouvait être qu'une humiliation et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle réagisse violemment. Là, on ne la voit que comme une xénophobe obtuse. MESSADIÉ ne semble pas aimé celle dont il a fait son héroïne et cela se ressent dans son récit. Elle a bien des défauts cette "impératrice fatale" mais elle a droit à l'impartialité tout de même! Pour la découvrir dans toute sa complexité, je conseille plutôt L'impératrice orchidée d'Anchee MIN qui a fait de Tseu-hi une biographie romancée très réussie.
Un récit linéaire, à la limite de l'ennui, qui a le mérite d'évoquer des faits historiques mais qui souffre d'un manque d'empathie et se place peut-être trop du point de vue occidental.

Anne Clerson

Ravet-Anceau

25 septembre 2012

C'est le coeur joyeux qu'Estelle Salvador prend la route avec sa nièce Lisette pour rejoindre sa mère et sa tante à La Panne, célèbre station balnéaire de la côte belge. Une semaine de vacances tous frais payés, cela ne se refuse pas! D'autant que tante Clothilde n'a pas lésiné, toute le monde sera logé à l'hôtel des Glycines, un des établissements les plus luxueux de la ville. Son neveu Max doit les rejoindre pour le week-end, toute la famille sera réunie, bonheur total en perspective!


Pourtant, ce séjour qui s'annonçait idyllique est assombri quand une jeune femme de chambre de l'hôtel fait une chute mortelle en lavant les vitres à l'étage. La jolie Mady qui était aussi la fiancée, pas très fidèle, du fils des patrons a-t-elle été victime de son imprudence ou l'a-t-on aidée à faire le grand saut? Estelle ne croit pas à un accident et c'est avec l'aide de toute la famille qu'elle va enquêter pour trouver le meurtrier.

Je ne pouvais décemment pas passer des vacances à La Panne sans emporter dans mes bagages ce livre d'Anne CLERSON au titre on ne peut plus évocateur! Et je ne l'ai pas regretté puisque j'ai adoré cette histoire, les personnages, les lieux. Estelle Salvador est une héroïne fraîche, drôle et déterminée. le ton est enlevé et on découvre avec bonheur cette petite famille bien sympathique dont chaque membre se mêle de l'enquête dans la limite de ses moyens. Les suspects son nombreux et le rythme tient en haleine jusqu'au bout, sans temps morts. Et quel plaisir de visualiser en direct les décors dans lesquels évoluent les personnages! La Panne, sa digue de mer, son avenue commerçante, ses salons de thé chics, ses friteries, ses bars à bière, ses salles de jeux, sa statue de Léopold, son architecture où se mêlent rococo et modernisme...tout y est! Même le vent chargé d'iode qui balaie la longue plage de sable et revigore les organismes!
Une vraie lecture détente, rafraîchissante et réjouissante pour une enquête menée tambour battant par une fine équipe de détectives amateurs.