Brice F.

20,00
par (Libraire)
25 mai 2022

Sous la plume de Claire Duvivier, le deuxième tome nous avait fait rentrer à Dehaven, cité austère et feutrée. Là, dans les pas d'Amalia, nous avions suivi les évolutions psychologiques des personnages, découvert progressivement Nehaved, et réfléchi sur le colonialisme, l'éducation et la fragilité d'une société inégalitaire.

La Tour de Garde est de retour avec Trois Lucioles, troisième tome de la Saga, et l'on revient à Gemina, la Capitale du Sud dont Guillaume Chamanadjian est en charge. Et c'est un vrai plaisir que de retrouver Nox dans son exubérante et explosive cité, au moment exact où nous l'avions quitté !
La guerre civile couve, alors que les tensions entre les cinquante clans de la Cité se font de plus en plus violentes et insidieuses. Nox, plus sombre et écartelé par de nombreux choix à faire, s'enfonce de plus en plus souvent dans le Nihilo, la Cité-Miroir où l'invisible est révélé, le temps et l'espace distordus...Au final, la tentaculaire Gemina s'affirme un peu plus comme la principale protagoniste de l'histoire, et bravo à Guillaume Chamanadjian de si bien réussir à nous immerger dans ses détails, circonvolutions, spécificités !

Un passionnant troisième tome au rythme soutenu, aux intrigues multiples, et au final explosif qui nous amène à regarder avec impatience vers le Nord ! Vite !

par (Libraire)
16 mai 2022

Court bijou d'une centaine de pages, ce Serpent des Blés est un plaisir cinématographique, ciselé dans la lumière des matins d'été. Dans un instantané sépia, irisé du jaune des blés, du bleu d'une camionnette ou du rouge vif d'un chapeau, se dessinent les contours d'un récit vif et mordant, à la manière de ces serpents qui se glissent entre nos jambes pour disparaître à tout jamais.

par (Libraire)
13 mai 2022

Un matin de 1972 François, dit "Narval", franchit les portes des Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. Là, dans les pas de son père, ajusteur, et le fracas des Machines, la graisse, la sueur, Narval va faire son apprentissage d'ouvrier, d'homme, de camarade. Autour de lui, ils s'appellent entre eux Cochise, Mangefer, Barbe, l'Horloger.
Lorsque brutalement les Chantiers navals ferment, à la fin des années 1980, démarre alors le temps de la lutte, sociale, syndicale. Et plus cruelle encore, la lutte contre l'amiante qui lentement dévore les corps...

Avec pudeur, tendresse et une écriture remarquablement fine et concise, Christian Astolfi chronique ce lent effondrement d'un monde ouvrier, sur quarante ans d'évolution politique et sociale, d'espoirs et désillusions ( je l'ai lu à sa sortie début avril, vous voyez le contexte ? ).
Première publication de la toute jeune et prometteuse maison d'édition Le Bruit du Monde, "De notre monde emporté" est un roman admirable, qui rend hommage à ces vies d'hommes sacrifiées sur l'autel de la productivité, de la "restructuration économique", et du scandale de l'amiante.
À lire absolument.

23,00
par (Libraire)
11 mai 2022

Embarquez à bord du '"Saardam", voilier de la compagnie des Indes Hollandaises, pour une traversée pleine de mystères, de phénomènes étranges et énigmes tortueuses !
À la fois roman d'aventures maritimes et roman policier dans la pure veine de Conan Doyle, cette "Étrange traversée" est une vraie belle réussite , au rythme soutenu et à l'intrigue haletante.
Et que dire de l'atmosphère façon Hollandais Volant et du stupéfiant final ? Bravo !

Guixing ZHANG

Philippe Picquier

23,00
par (Libraire)
29 avril 2022

Bornéo, décembre 1941. Krokop est un village côtier perdu au nord de l'île. Quelques années auparavant, il a gagné son surnom de Bouk aux Sangliers, à l'issue d'une bataille épique contre une terrible harde de sangliers. Là, vivent des chasseurs opiomanes picaresques tels que Kwan la Face Rouge, Tsing le Biscornu, A-hung, Tzo Da-dy; des marchands tout aussi opiomanes à la gouaille truculente; une vieille sorcière du nom de Mapopo que l'on dit capable de s'envoler en faisant tournoyer sa faux; une infinie ribambelle d'enfants armés de lance-pierres le visage caché derrière des masques de yokaï, la belle et redoutable Emily aux bras annelés de bracelets, insaisissable...Et puis soudain, surgissent ceux qu'ici on nomme les Monstres: l'armée japonaise.

La Traversée des Sangliers est un chef d'œuvre flamboyant et halluciné, porté de bout en bout par une langue riche, généreuse, et sublimé par un exceptionnel travail de traduction.
Une expérience de lecture comme j'en ai fait rarement, tant l'immersion est absolue dans un maëlstrom de sensations, d'odeurs de fruits - et l'on entend même les mouches avides bourdonner -, de touffeur végétale, organique. La Nature immuable qui vibre et palpite, indifférente à la violence et la cruauté inouïe des hommes qui s'entretuent en son sein.
Le récit est déconstruit, elliptique, les noms des personnages se ressemblent, se mélangent et s'entrecroisent dans un réalisme magique si troublant, que l'on ne saurait dire si ce que l'on lit est vraiment en train de se passer, ou si notre perception est elle aussi perturbée ( exaltée ? ) par les vapeurs d'opium. Ainsi, le temps semble s'étirer, se distordre parfois, traduisant l'ampleur du traumatisme que constitue encore l'occupation japonaise ( 1941-1945 ) dans la mémoire collective malaisienne.
Le roman dans son entier est un furieux tourbillon, jubilatoire, parfois choquant par sa violence et sa crudité, - âmes sensibles, s'abstenir ! -, mais aussi parcouru de moments absolument drôles, magiques, inoubliables.

Cercopithèques, coucals, éperviers bleus, crocodiles, coqs sans têtes, chiens-fantômes, sangliers, urine, sang, larmes, têtes coupées qui parfois volent dans la nuit, durians, ramboutans, porc-épics, katanas et parangs, fleurs multicolores, l'amour que l'on fait dans la moiteur des jours... Le dépaysement est total. Si l'aventure ne vous fait pas peur, croyez-moi, vous en sortirez ébahis.