Entre islam et démocratie, parcours de jeunes Français d'aujourd'hui
EAN13
9782200351014
ISBN
978-2-200-35101-4
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
INDIVIDU ET SOC
Nombre de pages
256
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
417 g
Langue
français
Code dewey
320
Fiches UNIMARC
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Entre islam et démocratie

parcours de jeunes Français d'aujourd'hui

De

Édité par

Armand Colin

Individu Et Soc

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Photo de couverture : © Rémi Ochlick/IP3 Press/Max PP.

© Armand Colin, 2007

http://www.armand-colin.com

9782200253202 — 1re publication

Avec le soutien du

www.centrenationaldulivre.fr« INDIVIDU ET SOCIÉTÉ »

La collection « Individu et Société », née en 2002, continue la collection « Essais & Recherches », précédemment éditée par Nathan Université. L'une et l'autre proposent surtout des textes qui tentent de suivre au mieux le raisonnement sociologique. La liste des premiers ouvrages de « Individu et société » est suivie des principaux titres de la collection « Essais & Recherches » :

Jean-Claude Kaufmann, Premier matin, 2002.

Philippe Corcuff, La Société de verre, 2002.

François de Singly, Les Uns avec les Autres, 2003.

Jean-Claude Kaufmann, L'Invention de soi, 2004.

Jean-Claude Kaufmann, Casseroles, Amours et Crises, 2005.

Jean-Claude Kaufmann, La Femme seule et le Prince charmant, 2eéd., 2006.

Danilo Martuccelli, Forgé par l'épreuve, 2006.

Peter Berger, Thomas Luckmann, La Construction sociale de la réalité, 2006. François de Singly, Les Adonaissants, 2006.

Jean-Claude Kaufmann, Agacements. Les petites guerres du couple, 2007. Pascal Duret, Le Couple face au temps, 2007.Et notamment dans la collection « Essais & Recherches » :

Neil Anderson, Le Hobo. Sociologie du sans-abri (épuisé).

Didier Demazière, Claude Dubar, Analyser les entretiens biographiques.

L'exemple des récits d'insertion (épuisé).

Anne Gotman, Dilapidation et Prodigalité (épuisé).

Jean-Claude Kaufmann, La Trame conjugale (épuisé).

Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d'hommes (épuisé).

Jean-Claude Kaufmann, Le Cœur à l'ouvrage (épuisé).

Jean-Claude Kaufmann, La Femme seule et le Prince charmant (épuisé).

Jean-Claude Kaufmann, Ego. Pour une sociologie de l'individu (épuisé).

Bernard Lahire, L'Homme pluriel. Les ressorts de l'action.

Bernard Lahire, Portraits sociologiques. Dispositions et Variations individuelles.

Frédéric Le Play, Les Mélouga. Une famille pyrénéenne au XIXe siècle (épuisé).

Gérard Mauger, Claude poliak, Bernard pudal,Histoires de lecteurs (épuisé).

Karl Mannheim, Le Problème des générations.

Anne Muxel, Individu et Mémoire familiale (épuisé).

Jean-Claude PASSERON, Le Raisonnement sociologique (épuisé).

François de SINGLY, Le Soi, le couple et la famille.

François de SINGLY, Libres ensemble.

Claude Thélot, Olivier Marchand, Le Travail en France (1800-2000) (épuisé).

William I. Thomas et Floran Znaniecki, Le Paysan polonais en Europe et en Amérique. Récit de vie d'un migrant.

Cette enquête a été réalisée grâce à la générosité de la fondation Balzan.

Mes remerciements vont également à Robert Castel, Marcel Gauchet et Mohammed Arkoun pour leurs précieux conseils. Je tiens enfin à exprimer ma profonde gratitude à Dominique Schnapper qui m'a guidée tout au long de ce travail. Sans elle, ce livre n'aurait jamais vu le jour.

1Les « laissés pour compte » de la démocratieLes quartiers invisibles

Les premières observations ont été faites pendant l'été 2003, dans les cités de trois banlieues parisiennes (sud, nord, est), éloignées les unes des autres, avec des configurations différentes et des populations très mélangées. Dans ces quartiers marginalisés, un peu comme partout ailleurs, les chercheurs ne sont pas les bienvenus. Les premiers contacts avec les jeunes étaient difficiles et j'ai été accueillie avec réticence. Le désir de faire peur, de terroriser l'autre, et de donner une image de soi délibérément redoutable, était si fort qu'au départ j'avais l'impression qu'on ne pourrait jamais dialoguer avec eux, encore moins attirer leur confiance.

« Madame, qu'est-ce que tu fais ici ? », me demandaient-ils d'un ton dépité, faisant clairement comprendre que ma présence n'était pas souhaitée. Et dans toute une série de réponses, minutieusement préparées pour expliquer ce que c'est que la recherche sociologique, seul mon accent attirait leur attention : « Tu viens d'où Madame ? T'es pas Française ! » La découverte de mes origines leur semblait si satisfaisante que tout d'un coup, ils changeaient de ton et disaient gentiment : « Ça alors, c'est le pays de Khomeiny ! » Cette association de l'Iran et de Khomeiny qui aurait pu m'offenser en d'autres occasions, m'ouvrait la porte vers le monde inconnu de ces jeunes, un moyen sûr pour entrer en communication avec eux ou, à l'occasion, gagner leur confiance, celle qui est difficilement accordée aux chercheurs. On les considère comme pires que des flics : « Parce qu'ils viennent pour nous manipuler, pour nous tirer le vers du nez, pour nous dénoncer tout de suite après. » Lors des premières rencontres, les rôles étaient renversés : ils me questionnaient et, avec des regards plein de suspicion, attendaient ma réponse. Mais pas n'importe laquelle, il fallait répondre ce qu'ils voulaient entendre et dire des choses qui allaient directement dans leur sens, d'où l'immense fragilité du chercheur sur les terrains imprévisibles.

Parfois, certaines séances de travail tombaient éperdument dans le vide. Soit ils ne venaient pas, soit ils venaient, mais réagissaient avec une indifférence glaciale à mes efforts désespérés pour les faire parler ! Je ne connais pas de pire désagrément que lorsque - à plusieurs reprises, après de longues séances de discussions profondes, le moment où je croyais qu'une véritable confiance s'était installée entre nous - ils devenaient hostiles, pour des raisons qui m'étaient alors inconnues. Mes dix années d'expérience de sociologue auprès des jeunes tombaient à l'eau, dès le moment où je lisais le ressentiment sur leur visage.

Ceux qui travaillent dans des milieux difficiles savent que cela fait partie intégrante de toute enquête de terrain ; et parfois celle-ci s'enrichit de ce genre de situations, considérées comme ratées. Ce n'est qu'avec le recul, en revenant sur nos observations, que nous arrivons à saisir la portée exacte d'une situation qui nous a paru sur le moment vide de sens. C'est la raison pour laquelle il m'est difficile de donner le chiffre exact des jeunes qui ont réellement participé au déroulement de cette enquête. De juin 2003 à juillet 2004, des dizaines et dizaines des jeunes ont été interviewés dans des circonstances plus ou moins différentes, sans jamais se comporter d'une manière prévisible. Parfois, la plupart des jeunes d'un quartier décidaient de ne pas participer à l'enquête, disant : « C'est du pipeau. » Mais parfois aussi, les mêmes, à travers leur refus et à la suite d'effusions brusques et passionnées, rien qu'en expliquant les raisons de leur silence, m'apportaient l'aide la plus précieuse.

Cela est effectivement dû à la relation singulière qu'établit le travail d'enquête. Les individus, qui n'ont jamais eu l'occasion de s'exprimer, deviennent soudainement le centre d'intérêt de chercheurs qui font irruption dans leur ennui habituel. Se sentant compris et acceptés, ils sont capables de confier les images les plus intimes qu'ils ont d'eux-mêmes, de présenter une des vérités possibles qu'ils n'ont jamais exprimée sous l'effet de la censure du groupe de pairs et aussi des contraintes collectives imposées par leur entourage. Mais une fois que la magie de la relation à l'enquêteur disparaît, une fois qu'ils reviennent sur terre et se retrouvent au milieu de la rude vie, ils ne se pardonnent pas de s'être confiés à ceux qui ne partagent pas leur misère, à ceux qui viennent d'un autre monde. De là, l'émergence d'une honte, déguisée en hostilité, à la hauteur de la sympathie qu'ils ont éprouvée pour la personne à laquelle ils se sont d'abord confiés sans scrupule.

En réalité, ce qui pourrait paraître comme le mauvais fonctionnement de l'enquête, - manifestations affectives intenses, crises de fou rire, crises de dégoût... - n'est que la partie intégrante d'une démarche qui vise à cerner les profondeurs de l'expérience vécue des acteurs sociaux. Cette situation a nécessairement des effets à double tranchant, voire incontrôlables : elle peut parfois pousser les individus dans le désespoir, elle peut aussi faire naître la volonté d'agir ; notre démarche est donc exposée à des confusions et des malentendus.Sud

L'enquête s'est déroul...
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