Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

par (Libraire)
3 septembre 2015

Choplin à son meilleur

Pied mesuré. Verbe serré. L'empreinte d'Antoine Choplin se pose aujourd'hui dans la neige de Terezin, ghetto froid où une demi-vie s'organise en attendant pire. Un livre noir ? Non, il est blanc, étincelant, et plein de couleurs, celles qu'appliquent clandestinement les compagnons d'infortune de Bedrich sur des toiles interdites, au nez et à la barbe des nazis.
Les obsessions de l'auteur sont là : l'art, la peinture, la petite histoire qui entre en collision avec la grande. Et le style se déploie avec minutie, sûr de son fait, chaque mot pesé pour dire précisément ce qui pèse, la pression des silences et des regards échangés, la peur. Sensible.
Antoine Choplin a atteint une maîtrise qui force le respect et tous ceux qui ont aimé "Le héron de Guernica" et "La nuit tombée" retrouveront ici le même souffle, la même étonnante précision à dire ces émotions qu'on pensait trop fortes pour être écrites.

Editions du Sous-Sol

22,50
par (Libraire)
27 août 2015

La science du désastre

Voici probablement le livre le plus juste sur l'état d'esprit américain de l'après-11 septembre. Paranoïaque à l'extrême, à la fois vindicatif et mélancolique, “Paris sur l’avenir” nimbe dans un humour subtil une fable sur notre peur la catastrophe.

Au début de l'histoire, le héros Mitchell Zukor est de ces névrosés qui voient leur mort à tous les coins de rue. Et comme il excelle en mathématiques statistiques, son profil intéresse rapidement FutureWorld, une compagnie d'assurances d'un nouveau genre qui propose à ses clients de les protéger contre l'impossible. Pluie de météorites ? Volcan caché ? Trou noir ? Ces gens-là ont une assurance pour vous. Commence alors la première partie rocambolesque du livre, aussi crédible que surréaliste, où l'on finit par se prendre nous aussi à chercher le meilleur moyen d'éviter statistiquement la mort.
Mais toute catastrophe, même si elle n'est que peu probable, reste possible, et le pire est toujours à venir...
Parfaitement tenu, surprenant de bout en bout, ce roman ne tombe dans aucun piège et s'avère être une réflexion très fine sur l'avenir que cherche à s'inventer l'Amérique et peut-être même l'ensemble du monde occidental aujourd'hui. S'agit-il de vivre dans la peur de tout, tout le temps, et d'en faire le commerce ? Ou bien d'arrêter la machine à panique et de faire le point une bonne fois pour toutes ?

Éditions de L'Olivier

17,00
par (Libraire)
22 août 2015

Un mort sur le paillasson

Tout en finesse, avec son habituel humour pince-sans-rire, Christian Oster nous embarque dans un thriller domestique palpitant.

On y fait la connaissance de Simon, personnage lunaire et dépassé par les événements, narrateur inquiet aux réflexions circulaires qu'on pourrait parfois rapprocher des délires paranoïaques d'un Woody Allen ou des bougonnements ironiques d'un Jean-Pierre Bacri, quoiqu'en nettement plus subtil.
Et puis progressivement, du maelstrom psychologique dans lequel s'enfonce notre héros, l'intrigue prend corps, se densifie jusqu'à devenir un véritable suspens.
On s'en doutait, le roman sera tenu du début à la fin, construit avec la précision d'un artificier.
Drôle, intelligent, haletant, ne manquez pas ce polar qui n'en est définitivement pas un.

par (Libraire)
22 août 2015

Une rentrée poilue

Un album très intelligent qui réussit à traiter avec tendresse et humour les grands thèmes de la rentrée : quitter ses parents, les retrouver le soir, être le nouveau de la classe...
Ajoutez-y le trait irrésistible de Jean-Luc Englebert et vous tenez un livre à mettre entre toutes les petites mains à partir de 3 ans.

21,50
par (Libraire)
21 août 2015

Ces destins qui ont fait l'Amérique

Dinaw Mengestu continue de questionner ses origines avec ce roman bouleversant, à la fois roman d’amour, de guerre, d’amitié, de lutte et d’Histoire où deux récits s'enchâssent pour finalement nous montrer le saignement des mêmes plaies.

On y suit le destin d’Isaac, étudiant ougandais idéaliste à une époque où le socialisme africain naissant laissait entrevoir tous les espoirs. Celui aussi d’Helen, assistante sociale du Midwest américain, prête à se heurter aux regards haineux d’un pays encore soumis à la ségrégation.
Le miroir est troublant, le destin cruel. Fuir l’oppression, la guerre et les tueries arbitraires pour retrouver une autre violence, celle de l’exclusion et du racisme.
Mais quand l’amour entre en jeu, toutes les ombres disparaissent. Et quand c’est de la plume poétique, sensible et teintée d’ironie de Mengestu que vient cette histoire, le roman devient fresque et ces humbles amants des héros.
Tous nos noms est un roman porté par un souffle unique tout en se plaçant dans la droite filiation des livres importants de la littérature américaine qui ont apporté autant aux belles lettres qu’à l’Histoire de leur pays en montrant qu’un peuple est toujours et surtout la conjugaison de destins singuliers et de cœurs désintéressés.