Ce qu'il faut d'air pour voler

Sandrine Roudeix

Le Passage

  • On entre dans ce livre comme dans un album de famille. Il est dédié à Malo, l'enfant et le jeune homme en photos sur la première de couverture. Sandrine Roudeix convoque Romain Gary en exergue. Le texte s'ouvre sur cet âge délicat où la mère fait face à l'enfant qui s'en va. " Deux heures du matin, un soir d'été. Je suis une mère abandonnée. "
    Pour remonter le fil du sentiment d'abandon, l'autrice confie son regard posé sur des photos personnelles de l'enfant. Elle nous sont révélées par les mots. De l'attachement fusionnel au délitement. Celui de la mère en tout premier, la mère jugée dans son élan de vie, besoin de fuir la routine, les conventions, le passé. Une femme qui décide de devenir une maman solo." Entre les nuages, bobines de ciel en suspension, je redeviens une femme sans enfant sans homme." L'enfant ne culpabilise pas la mère dans les rebonds roses de sa voix sucrée. L'architecture du livre est une construction intime. La mère érige une verticalité. Tuile après tuile, elle déploie un toit qui protège. Puis la relation en montagnes russes parce que l'on abîme toujours d'autres passés en voulant réparer le sien. A l'adolescence, les réalités forcément s'éloignent pour former une ronde bancale des interprétations. Comme de la pâte à modeler, le corps de l'enfant est en train de muter. Des transformations volent l'enfant. La mère retient sa tristesse à renfort de mots pour qu'elle ne dégringole pas sur les épaules de l'enfant.
    " Comment trouver un sens à tout ça, ces enfants qu'on fabrique pour les laisser partir?"
    Comment se quitter sans se perdre. Se séparer, ce n'est plus proposer. Ne plus résoudre les problématiques enfantines. Ne plus parer aux événements. C'est renoncer au sentiment de puissance que le fait de s'occuper de l'enfant procure aux mères. D'autres mères abandonnent-elles si facilement leur enfant ?
    Il faut pourtant laisser l'enfant échapper à la prison des miroirs réfléchissants et faire entendre son identité.
    " Cultivant les rayures de ta personnalité zebrée, tu assumes ton envie de te réaliser au plus près de ce que tu es et j'en tire une immense fierté après avoir tant tremblé."