Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Rendors-toi, tout va bien
par
18 juin 2021

Ce roman qui est une divine surprise se déroule sur une seule journée, ce fameux vendredi de juin. Lorsque je l'ai débuté, j’ai été bien intrigué quant aux raisons de l'arrestation de Guillaume, car Agnès Laurent ne les donne aucunement. C'est au travers des gens qui les fréquentent ou qui les côtoient et ceux qui les ont connus, que l'on va découvrir qui est ce couple modèle. Sans oublier leurs propres interventions et interrogations. A l'aide de courts chapitres qui alternent les points de vue, l'auteure réussit à entretenir un suspense terrible. A chaque fois qu'elle change de narrateur, je change d'avis sur Guillaume et Christelle. Un coup je penche pour un mari violent, coureur et qui a une emprise sur sa femme dont elle ne peut se défaire, elle soumise, femme au foyer "à l'ancienne". Le chapitre suivant, je me dis que c'est davantage lui qui est lié à Christelle et qu'il ne peut vivre sans elle, qu'il ne voit qu'elle et qu'il est bien incapable de lui faire du mal tant il dépend d'elle, de sa présence. Puis, tout explose lorsque d'autres intervenants donnent leur point de vue. "Elle a longtemps cru que Christelle s'accrochait à Guillaume, qu'il était pour elle occasion inespérée de fonder une famille. Elle pensait que Guillaume y trouvait son compte, qu'il était confortable pour lui de jouer au père de famille sans que personne le conteste, Christelle n'aurait pas osé. Florence s'était rendu compte qu'elle se trompait, que Guillaume avait plus besoin de Christelle que l'inverse." (p.115)

Agnès Laurent, dans une langue vive et moderne va au plus profond de la relation entre Guillaume et Christelle. Elle tisse sa trame et emmène sûrement ses lecteurs vers l'inimaginable, l'indicible. C'est diablement maîtrisé et je me suis fait plaisir et avoir, je n'ai rien vu venir, trop pris par la déconstruction de la relation unique de ce couple et la construction originale de ce premier roman. Brillant.

Sur le balcon

Xiaowen Ren

Asiathèque

7,90
par
18 juin 2021

Shanghai, dans le début des années 2000, les vieux quartiers sont prisés des autorités qui veulent y construire des immeubles. Les habitants qui vivent dans de vieilles maisons sont expropriés et touchent parfois à peine de quoi se reloger. C'est le cas de Zhang Suqing, le père de Zhanh Yingxiong qui refuse les offres qu'il trouve trop justes. Son décès brutal met fin aux négociations et sa femme et son fils sont contraints de quitter les lieux. Zhang Yingxiong est persuadé que le fonctionnaire qui a malmené son père est responsable de sa mort. Il va chercher à se venger.

Court roman ou longue nouvelle, cet ouvrage paraît dans la collection Novella de Chine, et comme toujours à L'Asiathèque, c'est une très belle découverte. Ren Xiaowen dont c'est le premier titre traduit en français se révèle être une auteure douée qui, en peu de mots, raconte une histoire complète dans laquelle rien ne manque. Certaines choses sont davantage suggérées qu'écrites, le tout dans un style élégant, fluide et moderne, ce qui n'est pas toujours le cas de la littérature chinoise qui use parfois d'images pas évidentes pour qui n'a pas les références nécessaires. Là, tout coule et c'est un plaisir, l'auteure joue également avec les prénoms de ses personnages Zhang Yingxiong veut dire Zhang le héros, la première fonctionnaire à venir faire une offre aux familles expropriées se nomme Qian Li (Le bel argent) et le fonctionnaire qui mettra fin aux négociations est Lu Zhiqiang (Qui a une forte volonté).

Ren Xiaowen décrit ses personnages dans les rues de Shanghai, la ville en pleine transformation. Elle parle des petites gens, de ceux qui triment, qui vivotent sans savoir de quoi seront faits les jours suivants, des changements urbains à tous prix et notamment à celui de la santé des habitants.

Très bien construit, ménageant un certain suspens quant à la vengeance voulue par Zhang Yingxiong, ce court roman se lit vite et peut même se relire. Le genre de petit livre que l'on a plaisir à offrir et faire découvrir.

Sisinni Noel

Jigal

18,50
par
18 juin 2021

Une drôle d'aventure que celle qu'écrit Noël Sisinni. Cette fuite de Fiorella, sans avenir, est poignante, dure. La jeune fille oscille entre une grande tendresse envers Boris et Soline et une violence inouïe envers tous les autres qui veulent l'empêcher de vivre ce qu'elle pense être ses derniers instants, comme elle le veut. Boris, un peu décalé dans le monde actuel, ne se rend pas bien compte de tout, c'est Fiorella qui mène la course. Et elle va vite, veut vivre pleinement ces moments, surtout que les flics commencent à les rechercher.

Fiorella est un personnage fort, qui risque de rester dans les têtes des lecteurs tant elle passe d'un extrême à l'autre en une fraction de seconde. Totalement imprévisible, je me suis longtemps -jusqu'au bout en fait- demandé comment elle allait réagir devant telle ou telle situation et comment tout cela allait finir.

Dans une langue simple, rapide, pas mal dialoguée dans de courts chapitres qui alternent les narrateurs, Noël Sisinni ne perd pas de temps, va au plus direct, en ménageant ses effets. Même s'il écrit un roman noir rapide, il sait jouer avec les émotions de ses personnages, leurs doutes, leurs peurs. Ce n'est pas un polar sur-vitaminé qui voit se succéder les actions violentes, l'auteur laisse la place à d'autres choses plus profondes. La phrase tirée du livre et mise en exergue devrait finir de faire basculer ceux que je n'aurais pas réussi à tenter, je la trouve formidable : "Elle va, le crabe dans une poche et un flingue dans l'autre, elle va..."

1, Suites algériennes, 1962-2019
16,00
par
18 juin 2021

2019, Algérie, les habitants, notamment la jeunesse, descendent en masse dans les rues, pacifiquement pour demander le changement de la politique et des hommes qui la mènent depuis trop longtemps et crient leur mot d'ordre : "Rendez-nous notre indépendance !".

Ce mouvement prend racine dans l'histoire du pays qui en a connu plusieurs, souvent plus violents, depuis 1962, date de l'indépendance.

En plusieurs périodes, Jacques Ferrandez raconte l'Algérie sans parti pris. Il parle du départ des Français après 1962, de la montée de l'islamisme jusqu'aux élections de 1991 et la victoire du FIS (Front Islamique du Salut). Des personnages de ses précédents ouvrages (Carnets d'Orient et Carnets d'Algérie) reviennent sans que je m'en souvienne puisque je les ai lus il y a longtemps, mais ce n'est absolument pas gênant pour la bonne compréhension.

Ce que j'aime bien chez J. Ferrandez, c'est sa clarté et sa finesse même lorsqu'il parle de faits et d'événements pas toujours aisés à comprendre. Très bien documenté, il sait l'art difficile de la simplicité. Les nombreux voyages dans le temps sont facilement visibles et aident à suivre l'histoire et le parcours des différents intervenants et l'Histoire du pays. Je l'écrivais plus haut, pas de parti pris, il raconte la vie des gens, leurs choix, les actes qu'ils ont commis. Des gens simples comme des dirigeants. Et moi, dont le papa a été mobilisé en Algérie et qui, comme beaucoup de Français, ne connaît la guerre d'indépendance que partiellement et quasiment rien des années qui ont suivi, de (re)découvrir l'histoire de ce pays, la difficulté des hommes et surtout des femmes d'y vivre en liberté et le combat qu'elles mènent. L'ouvrage qui commence avec les manifestations de la jeunesse en 2019 montre que les combats sont longs mais que l'espoir est toujours là.

QUI A TUE L'HOMME-HOMARD ?
par
31 mai 2021

Pastiche de romans policiers, très drôle, d'un humour féroce et noir. J.M. Erre part du principe que sa narratrice handicapée est comme n'importe quel autre personnage de son roman peuplé de différences et de particularités et qu'à ce titre, elle est à la fois la source de blagues trash mais aussi la cible, ce qu'elle aime par-dessus tout. C'est donc elle qui raconte son enquête et celle des gendarmes et entre deux recherches, elle s'immisce dans son récit pour donner son avis sur le roman policier en général, sur les critiques en général -itou- mais aussi celles qui cibleront son roman. Ce qui fait que quasiment tout ce qu'on peut critiquer, en bien ou en mal, de ce livre y est inclus.

C'est franchement drôle et c'est ce côté qui retient, davantage que la résolution des meurtres. Les personnages de J.M. Erre sont très décalés, hors normes et les situations qu'ils vivent sont du même acabit. Néanmoins, je ne cache pas que les 350 pages sont un peu longues et que je m'y suis un peu ennuyé sur la fin, l'intrigue ne suffisant pas à retenir mon attention et l'humour un peu dilué dans ce trop grand nombre de signes et un peu répétitif -j'aime l'humour de répétition pourtant- me semblant moins acéré et affuté.